Bahamas, Exumas (3) Journal de déconfinement

LOL n°44 

Bonjour à tous,

Le véritable luxe de notre voyage, c’est de pouvoir choisir de prendre la mer ou pas. Ce n’est pas toujours évident, il y a des contraintes, que l’on s’impose parfois, ou la météo qui nous dicte un peu sa loi. Et puis nos semaines sont rythmées par la sacro-sainte école en bateau (la plupart du temps le matin) suivie de la nécessaire exploration dans l’après-midi (même quand on est pris dans un bon bouquin, il faut penser à nos petits loulous pleins d’énergie). Le dimanche, c’est une journée « off », sans école, consacrée le matin au journal de bord et à un temps de prière en famille. La journée commence par un petit déj’ plus tardif que les autres. Pierre-Louis, Jean et Juliette se mettent au fourneau. Eh oui, Dimanche, c’est pancakes, c’est sacré! Le samedi, c’est une journée où l’on peut choisir de faire école ou non, selon ce l’humeur et le travail de la semaine. S’il est important de donner un cadre à notre vie de famille, qu’il est délicieux de déborder de ce dernier, lorsqu’il faut choisir de placer une partie de pêche le matin si la marée ou la météo nous y invite. Ou s’il y a du vent et du soleil, de choisir l’école buissonnière épicée d’exploration ou de découverte des milieux naturels que nous traversons, ou parfois juste d’une session de kite surf 😉

Alors, lorsque samedi dernier (la 16 mai), nous raccrochons le téléphone avec notre routeur et ami Christian Dumard, c’est pour prendre une décision que seule notre libre-arbitre permet : celle de prolonger de quelques jours l’escale dans ce petit paradis des Bahamas. Et pourquoi pas ? C’est grisant, excitant et un peu inquiétant aussi. Nous sommes toujours sous pavillon jaune (c’est à dire en transit), et nous laissons passer une fenêtre possible pour la traversée de l’Atlantique. Christian nous rassure sur les opportunités de traverser un peu plus tard.  Un autre coup de fil nous conforte : nos amis du bateau  Spica, Bénédicte et Jérôme, depuis l’ile de la Fourchue à proximité de Saint Barth, nous annoncent  qu’ils repoussent d’une semaine leur départ en transat. Leur constat est le même : notre prochaine escale commune, les Acores, a toujours ses frontières fermées, rien ne nous attend en Europe avant 3 mois, nous sommes si bien ici. La conclusion nous apparait évidente: autant continuer le voyage maintenant plutôt que risquer une mise en quarantaine anticipée au large de Groix! A cette annonce soudaine aux enfants répond un « Hourra » général.

Orage, o désespoir, o tonnerre ennemi, n’ai-je tant vécu que pour cette infamie ?

Si nous ne regrettons pas un instant notre décision de prolonger un peu notre séjour ici, il y a une chose que nous n’avions pas vraiment anticipé, c’est le temps très perturbé que nous rencontrons depuis quelques jours. En effet, les Bahamas sont actuellement traversés par une succession d’orages, dont l’une des vagues a d’ailleurs dégénéré la semaine dernière en tempête tropicale, la première de la saison (tempête Arthur), qui annonce celle des cyclones de l’été…. Alors imaginez la scène et embarquez avec nous sur Lolita: vous êtes endormis bien au chaud (trop chaud) dans votre bannette, lorsque tout à coup le tonnerre gronde. Les éclairs zèbrent le ciel. L’un de nous se précipite dans le plus simple appareil pour arrêter fébrilement l’éolienne qui commence à s’exciter, s’entaillant le doigt au passage, heureusement sans gravité (il s’agit de Caro pour ceux qui veulent tout savoir). L’autre se précipite sur les coupe-circuits des batteries. La pluie se met à tomber, il faut fermer tous les hublots du bateau sans se pincer un doigt ou se cogner un orteil sur le pont. Tout à coup le vent se lève et la mer se met à fumer. Trop tard pour les habits qui sèchent le long des filières. Eclairs, vent, pluie, les éléments se déchainent. Cela dure 1h, 1h30, où nous serrons les fesses, en nous raccrochant à de subtils subterfuges en place sur le bateau pour détourner la foudre. Sont-ils bien efficaces ? Et si le bateau voisin, plus grand que nous faisait paratonnerre ? Peut-on honnêtement lui souhaiter de remplir cette fonction ? Tout à coup, pfuiiiiizzz nous l’entendons tomber à quelques mètres du bateau. C’est le moment où chacun confie à l’autre une anecdote pour détendre l’atmosphère. Qui une voisine superstitieuse (ah cette bonne madame Mermet !) qui allumait des cierges aux quatre coins de la maison, qui un bateau qui a coulé, les passe-coques brulés par le coup de foudre, assez peu détendant j’en conviens. Pour épargner les instruments du bord, ordinateurs, tablettes, portables ou téléphone satellite, j’ai l’idée de tout fourrer dans le four qui ferait cage de Faraday comme me l’a indiqué un ami l’autre jour, mais connaissant notre relative propension à l’étourderie, me ravise finalement de crainte de les y oublier, et de les faire cuire en même temps que le pain du matin…  Un coup d’œil rapide aux enfants qui dorment comme des bienheureux. Seule Juliette s’est finalement réveillée, à cause de la lumière des éclairs. Il suffit de tirer le petit volet occultant du hublot. Et elle se rendort. Bienheureux sont les enfants ! Car entre nous, il n’y a rien de plus angoissant que cette situation.

Et puis on finit par s’y habituer. Après une dizaine de jours passés dans notre joli mouillage de Cambridge Cay, il est temps d’aller voir ailleurs, un peu plus au Nord, à la limite du Parc National des Exumas.

Shroud Cay, le Siné Saloum des Bahamas

Nous voilà en route pour Shroud Cay, une île située à 20 milles de notre position, soit 4 heures environ de navigation. A l’arrivée, impossible de descendre la Grand Voile… la faute aux petites billes qui ornent normalement les chariots de la grand-voile, permettant ainsi de la faire coulisser le long du mât. Ceux qui ont une mémoire d’éléphant se souviendront peut-être que cette mésaventure nous était arrivée à la Corogne au début du voyage. Il fallait démonter tous les chariots pour remettre des billes dans celui situé tout en haut, le chariot de têtière. Rompus à cet exercice fastidieux, nous avons réussi l’épreuve haut la main, sans en perdre une seule ! Vexant quand même car l’examen quelques jours avant n’avait rien révélé d’inquiétant. Il faut mieux que cela nous arrive à présent plutôt qu’en pleine mer…

L’Ile de Shroud Cay nous rappelle un peu l’Afrique : on pénètre dans un canal bordé de mangrove. Ici point de crocodile, mais des bébés tortues et requins, qui fusent sur l’eau, beaucoup plus lestes que leurs illustres aînées. La mangrove abrite une véritable nurserie. Quant à nous, nous découvrons cet environnement dans la plus pure tradition naturaliste, à la rame, puisque nous sommes bel et bien en panne totale de moteur d’annexe depuis trois semaines maintenant… Les parents sur l’annexe, les enfants sur le paddle. La traversée de l’île aboutie à une plage de sable blanc merveilleuse pour les yeux. Nous célébrons cette exploration par un pique-nique et une belle plongée dans le corail. Retour au bateau pour une séance bricolage, à peine dérangés par les gardiens du parc National des Exumas, qui nous gratifient de grand coucou (alors qu’on se voyait déjà en train d’échafauder notre argumentaire sur les raisons de notre pavillon jaune qui signifie « de passage » dans le pays)

Le lendemain, après une nuit proprement infecte sur notre bouée de mouillage (là-dessus, rien à dire, c’est du costaud) nous avons la visite de nos voisins, un bateau suédois occupé par un couple et son chien fraîchement adopté aux BVI. Avec les orages, il y a eu un coup de vent dans un secteur non protégé du mouillage, et le ressac sur l’île a été terrible. Palme de la pire nuit du voyage ! Les suédois s’apprêtent à remonter le long des USA vers le Canada, avant de traverser vers l’Ecosse puis la Suède, seul pays d’Europe à n’avoir pas pratiqué le confinement strict.

Et si on plongeait sur une épave d’avion ?

Nous remontons un Cay plus loin pour aller plonger sur l’épave de l’« avion d’Escobar », qui apparait entre deux eaux. Plonger sur une épave est une expérience excitante et offre un excellent abri pour les poissons. Cela peut être lugubre aussi parfois, mais l’épave de l’avion s’avère tout à fait accessible pour une plongée en famille. Sur repérage (intraitable) de Pierre-Louis, Hervé y a même délogé à la main une langouste dans le réacteur de l’aile gauche. Relâchée après concertation familiale car pleine d’œufs. En fait d’ « Escobar » il s’agit de l’avion d’un autre trafiquant de drogue Carlos  Lehder, dit « EL Bocon » (prononcez boconne, c’est-à-dire la grande gueule). Ressortissant germano-colombien, Lehder est célèbre pour avoir co-fondé le Cartel de Medellin avec Escobar notamment dans les années 70/80 (triste célébrité d’ailleurs…). Il s’était fait construire une véritable base logistique en toute impunité sur l’ïle de Norman. Il a fallu des années de procédure largement influencée par les Etats-Unis pour déloger l’énergumène qui s’était attiré les sympathies des bahamians en donnant du travail à plus d’une centaine d’entre eux pour l’entretien de son île. Une véritable manne pour ce petit pays. Bref, un jour, son avion tout neuf – à peine deux sorties – aux commandes d’un pilote complice tenta un passage à basse altitude, comme dans TOP GUN, mais plus probablement pour s’exercer à larguer de la drogue. La manœuvre fut un désastre…On raconte que le patron en commanda un autre derechef. Pani p’woblem ! Et désormais, c’est un site de plongé répertorié sur les cartes.

Ma vie de cochon

Moi si j’étais cochon et que je pouvais choisir mon lieu de vie, eh bien vous savez quoi? je choisirai les Bahamas, et tout particulièrement, l’ile de Big Major Spots aux Exuma. Pourquoi ce choix ? Cette question, triple anchois ! parce que c’est le seul et unique endroit au monde que je connaisse (pour l’instant) où les cochons sont laissés en liberté sur une plage et ont comme activité quotidienne, la baignade dans un lagon de rêve !

Après la mangrove de Shroud Cay, l’avion de Norman Cay, nous continuons à « cocher » avec amusement toutes les curiosités des Exumas ! Les cochons des Exumas sont connus grâce aux guides touristiques ou nautiques qui en font un must (c’est sans doute exagéré, mais c’est rigolo). Nous avions tellement mis en garde les enfants sur les dangers de trop s’approcher des cochons, que même les porcelets les ont impressionnés ! Il nous resterait la grotte de James Bond (opération Tonnerre) à visiter, mais le courant aura raison de nos tentatives.

Mais si nous sommes à Big Major Spots, c’est parce que l’île de STANIEL CAY juste à côté nous permis d’effectuer un dernier ravitaillement avant la transat. Et oui, car ne perdons pas de vue qu’il va falloir rentrer….et c’est pour bientôt, mercredi même ! Sous le regard bienveillant du Yacht Club de Staniel Cay, Lolita s’est posée quelques heures à quai, et tandis que les enfants faisaient (presque) sagement l’école tout seul (Pierre-Louis prend alors son rôle d’aîné bien à cœur) nous avons effectué une petite tournée lessive/mini-marché/gaz indispensable pour notre future navigation. Marcher tous les deux dans les rues d’une île ne nous était pas arrivés depuis…un très long moment ! L’île est petite mais l’ambiance bien plus sympathique qu’à George Town. Nous constatons que la baie s’est bien vidée, et que les rares bateaux que nous avions aperçus ici il y a 2 semaines ont entrepris leur transhumance vers les Etats Unis. Nous croisons d’autres voiliers sous pavillon « Q » en provenance d’Antigua ou des British Virgin Island. La Floride se situant à 4-5jours de navigation, ils ouvrent toujours des yeux ébahis en sachant que notre petite famille se prépare à traverser l’Atlantique.

art de vivre

La fenêtre s’ouvre donc pour nous à partir de mardi ou mercredi, et cette fois-ci c’est la bonne. Nous ne savons pas encore si les Bermudes seront sur la route. Avant de partir, nous checkons la sécurité, organisons un briefing sérieux pour nous rafraîchir la mémoire, resserrons quelques manilles ou boulons, changeons des cordages sans oublier les aspects plus administratifs que l’éloignement ne nous permet pas d’esquiver : la déclaration d’impôt notamment. O joie, et bonheur.

Il a encore plu toute une journée, la saison cyclonique s’annonce explosive, il est peut être temps de rentrer.

3 réflexions sur “Bahamas, Exumas (3) Journal de déconfinement

  1. chartier dominique

    Merci pour ces nouvelles qui nous rassurent et nous amusent.Bonne transat retour à partir de demain ou après- demain. Nous sommes pour quelques jours à Paris, une première pour mois depuis 3 mois!(Antoine était déjà revenu remettre ses chantiers en route.)Après le Sénégal entre le 2o- et- quelque février et le 17 mars, puis un bucolique confinement dans notre mas du Ventoux très isolé, nous savourons la poésie du bitume, la beauté de la ville, sa cadence … et ses coiffeurs! Nous vous embrassons tous les 5. Dominique 

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