CUBA, Jardins de la Reine, un confinement royal

LOL n°38 

Bonjour à tous,

A l’heure où nous écrivons le début de cette « LOL », cela fait une semaine que nous sommes « coupés du monde » Vivre comme des Robinsons a des inconvénients, que nous n’avions pas anticipés. Je n’ai par exemple pas activé notre connexion satellite, mais elle serait bien utile pour échanger des petites nouvelles avec la terre. Heureusement, des amis pourrons nous dépanner…Qu’imaginer de ce que vous pouvez vivre en France ? de l’angoisse ou de l’ennui de nos proches ? De la situation mondiale ? Devant nous les portes se ferment peu à peu. Aux dernières nouvelles, Cuba a finalement coupé les ponts avec le monde. Et refuse à ses frontières qui se présente, fusse-t-il avec femme et enfants sur un bateau. C’est le type d’anecdote que nous ont rapporté les rares bateaux croisés par ici (ou simplement par contact radio) Les ports de plaisance sont « fermés » Mais comment allons-nous pouvoir nous ravitailler ? Avons-nous assez d’autonomie ? Nous n’avons plus de fruits, sauf en conserve, et il reste quelques légumes. Bientôt nous manquerons de lait. Il en reste en poudre. Mais ce serait grave, s’il venait à nous manquer du gasoil. Nous avons 40L de secours. Pour l’eau, si les rations d’eau minérale se réduisent bien vite, nous avons heureusement le dessalinisateur (mais qui dépend de notre capacité à alimenter le moteur en gasoil) Bref, la situation n’est pas désespérée mais commence à nous interroger.

Sous spi sous les côtes cubaines
embarcation à base de chambre à air de camion
le quart de Castro

Nous naviguons depuis quelques jours dans l’archipel des Jardins de la Reine dans le Golfe de Guacanayabo. Après avoir quitté Santiago, avec notre « despacio » sous le bras, le laisser-passer qui nous permet de naviguer partout à Cuba, nous avons mis le cap sur les Jardins de la Reine. Pour l’occasion, notre spinnaker est ressorti, je crois qu’il n’a plus servi depuis les Canaries… Quel plaisir ! A l’ouest de Santiago, environ 30milles, nous faisons escale à Chivirico, où la guardia nous interdit de descendre. Corona virus ? Ou hospitalité ordinaire ? L’entrée du lagon n’est pas bien large, mais nous pouvons compter sur les amis d’AIMALAIA arrivés juste avant nous. Ils calent 1,20 m avec leur cata et nous 1.90m (tirant d’eau = tout ce qui dépasse sous la ligne de flottaison, mesure utilise dans les endroits de faible profondeur comme à Cuba) Le lendemain, nous repartons vers Cabo Cruz, mais la nuit arrivant, le vent se renforce et tandis que nous savons nos amis en escale là-bas, nous continuons vers l’ouest, poussé par un bon flux de Nord Est.

Samedi 21 mars :

Nous arrivons pour déjeuner à Cayo Cachiboca. Seuls …L’eau se tente de couleurs lagons. Prudemment nous restons à l’entrée du petit estuaire. Plongée, et…Premières langoustes. Hervé en capture une difficilement mais quand nous rentrons au bateau, il trouve une petite colonie sous le bateau. Pierre-Louis se précipite et capture la sienne avec fierté !  

Dimanche 22 mars

Les amis d’AIMALAIA débarquent à l’heure du déjeuner. Il reste de la langouste, du vin blanc, et du crumble, c’est la fête ! Xavier frétille à l’idée de se mettre à l’eau et pêcher du crustacé. Et c’est reparti pour une partie de pêche. Sur le cata, la plancha est ressortie. Si nous risquons de manquer de frais, nous ne manquerons pas de protéines !

Lundi 23 mars

Nous quittons Cachiboca pour Pasa Piedra Grande. A chaque fois nous tombons sur des îles d’où émergent des plages de sable blanc, des palmiers et de la Mangrove. De loin c’est paradisiaque, mais à y regarder de plus près…d’abord, nous croisons des requins dans l’eau, requins gris jusqu’à 2 m, possiblement agressifs ou requins nourrices, inoffensifs ceux-là. Et notre velléité de barbecue sur la plage est stoppé par une armée de moustiques bien armés… Nous apprendrons le lendemain qu’il pourrait bien y avoir des …caïmans sur ces plages aussi…cela semble d’un coup moins hospitaliers. Mais sous l’eau les fonds sont splendides, surtout quand le corail s’invite dans le paysage : tantôt arbustes sous-marins, immeubles à poissons, patates recélant des trous bien garnis, ou feuilles ondulantes avec les courants sous-marins. Les barracudas ne sont pas farouches. Une suspicion de ciguatera (maladie du corail) nous interdit de les pêcher.  

En surface, nous avons 2 petites malades, une sur chaque bateau : une sorte de gastro, mais avec une bonne fièvre. Aussi soudaine que passagère, ouf. Les garde-côtes viennent tout à coup nous saluer alors que je garde les enfants sur le cata. Enfin, nous saluer que dis-je : ils arrivent en trombe, avec des masques devant la bouche et au lieu de s’arrêter tranquillement pour nous parler, ou nous contrôler, tournent autour du bateau. La conversation est décousue, ils veulent juste savoir combien nous sommes, d’où nous venons et où nous allons. Je n’arrive pas à obtenir des infos, ils partent sans me saluer du reste. Ouf ils n’ont pas vu Juliette avachie dans le cockpit, ni Ainoa sur la banquette du carré. Quelle fébrilité dans leur attitude…que se passe-t-il à terre ?

Poissons des lagons, par Pierre-Louis

Mardi 24 mars

Nouveau mouillage, celui là est le bon, nous y resterons presqu’une semaine !

Même si le vent est aux abonnés absents, nous décidons de lever l’ancre pour nous rendre à Cayo Alcatracito dont la qualité des fonds sous-marins est largement vantée dans les blogs que nous avons pu lire sur Cuba. Quelle bonne idée, l’endroit s’avère merveilleux. Nous y observerons des raies léopards et des requins caraïbes dès la première plongée.

5 heures de moteur qui serviront surtout à faire quelques lessives et faire tourner le dessalinisateur.

Aimalaia ouvre la marche, tandis qu’un autre catamaran « Speranza B &B »  suit notre destinée, c’est celui de Babeth et Bruno un couple de Montpellier, respectivement pharmacienne et psychiatre, en année sabbatique. Il est passionné de pêche sous-marine et elle connait bien les fonds sous-marins. Grace à eux nous en découvrons un peu plus sur les poissons que nous rencontrons et ceux que nous pouvons pêcher, les coraux splendides, ceux à éviter (les coraux de feu) Notre pêche s’affine de jour en jour, même si nous avons un faible pour langouste, que Pierre-Louis adore dégoter dans leur trou, et qu’il ferre avec son collet artisanal. Nous décidons d’en faire des bocaux !

Les journées s’organisent : le matin, c’est école, nous échangeons les écoliers entre les bateaux, et ça travaille dur. Le midi nous déjeunons parfois ensemble et l’après-midi organisons invariablement une sortie plongée en divers endroits de la barrière de corail. Le soir, nous nous retrouvons pour profiter de la pêche. Langouste, mérou agrémentent le quotidien. Nous sommes comme des robinsons coupés du monde. Mais il ne faut pas s’y méprendre, nous sommes plus que jamais avides de nouvelles de France, de nos proches. Et pas que : car nous avons un petit problème à gérer, celui de notre avitaillement, le frais se fait rare, et nous voyons nos réserves baisser. Il nous faut aussi du gasoil, ou de l’essence pour l’annexe de la cata. Sur LOLITA nous n’en avons pas besoin, le moteur électrique se recharge avec un panneau solaire, ou les batteries du bord qui emmagasinent le plein d’énergie grâce au soleil dans la journée, ou le vent le soir (notre éolienne s’agite frénétiquement dès 22h) Mais pour le gasoil, on a beau aimer la voile, il est impensable de se retrouver à sec.

Grace à Xavier et Nathalie (Aïmalaïa), j’arrive à envoyer un message à Maman et surtout à lui parler. Je m’inquiète pour elle et pour nos proches que nous n’avons pas totalement prévenus de cette éventualité de coupure. D’autant que nous prenons notre temps, les portes se ferment partout dans le monde et nous avons intérêt à faire durer le plaisir. Nos amis s’activent pour essayer de trouver des solutions, car nous ne savons pas quoi faire : Cuba vient d’annoncer la fermeture de ses frontières. Pas grave me direz-vous, nous y sommes officiellement rentrés depuis le 17 mars. Mais des nouvelles plus embêtantes nous parviennent : bateaux expulsés sans possibilités de se ravitailler, confinement obligatoire de 2 semaines si l’on tente d’accoster etc. Le mieux sera d’aller y voir, mais à nos risques et périls. On ne connait pas non plus l’étendue exacte de l’épidémie à Cuba. Et les risques de ramener l’infection lors d’une tournée de courses au marché. Un jour, l’un veut filer vers les Iles Caïmans, à 90 milles au Sud, un autre jour nous évaluons les risques de partir directement vers les Bahamas. Nous croisons un petit voilier français qui rebrousse chemin vers Saint Martin. Deux semaines de mer (au près) en perspective. Courageux.

Bref, notre petite communauté oscille entre allégresse de se trouver dans un endroit de rêve où la mer nous offre à la fois du spectacle et de bons repas, et la sourde inquiétude d’une situation globale qui semble vue d’ici presque hors de contrôle. S’il y a parfois de la mauvaise conscience, nous décidons d’en profiter à fond justement car la chance qui s’offre à nous semble totalement inestimable.

Les enfants n’ont pas ces problèmes. Eux aussi parlent de coronavirus, mais cela dure seulement quelques instants, et aussitôt, ils repartent à leurs activités et à leurs jeux. Ils vivent à fond leur journée en famille ou entre amis. Pierre-Louis lui progresse sous l’eau de jour en jour. Jean parvient à plonger et observer le monde sous-marin, même s’il est loin d’avoir la discrétion du vieux sioux. Les mérous doivent bien rigoler quand il crie « Merou » en remuant des tonnes d’eau avec ses petites palmes. Juliette s’intéresse surtout à barboter avec son amie Elaia. Et là on remerciera Babeth de sa patience et son amour pour les enfants, elle leur a servi de guide pour de courtes plongées tandis que nous pouvions évoluer un peu plus loin. Avec Nathalie, je pêche ma première langouste au terme d’une bagarre de tous les diables. Hervé étrenne son fusil sur un petit mérou, et Xavier aussitôt lui embraye le pas avec un poisson trois fois plus gros. Délicieux. J’ai du mal à me concentrer sur la pêche tant faunes et flores sous-marines nous émerveillent.

Mardi 31 mars

C’est aujourd’hui, je termine cette LOL par une bonne nouvelle : nous sommes à Cienfuegos, et avons ravitaillé. Certes, on n’a pas toujours eu ce que l’on a demandé, mais eau, gasoil, gaz, et quelques fruits et légumes et autres denrées pourront nous permettre de repartir au minimum 2 semaines (et plus) en autonomie. Ce qui nous manque le plus : les fruits.  Et on attend encore les œufs. Qu’on se rassure, nous avons pu trouver du jus de citron (idéal contre le scorbut 😉 ou…le mojito !) Mais l’essentiel est là.

Nous avons été bien accueillis. Par une brigade d’hommes masqués. A l’arrivée, on observe même des pêcheurs isolés sur leur barque portant le masque…Grosse ambiance prévention à Cienfuegos. Heureusement Cienfuegos est une base assez touristique où l’on trouve les bateaux à louer. On sait ce que représente un touriste. Et nos amis d’Aimalaia avaient réussi à activer des contacts jusqu’à l’ambassade qui a surement permis d’adoucir les autorités. Bref, autorisation de ravitailler sans débarquer (les enfants tournent en rond comme des fous) mais obligation de dégager avant la fin de journée… ouf, mais nous ne sommes pas prêts nous, nous voulons profiter de la précieuse connexion internet pour envoyer des petites nouvelles, oh mais dis donc, est ce que cela se fait de dégager le gens avant la nuit !!!  Bon, on négocie profil bas avec l’armada et heureusement le 3e bateau de notre escadre arrive en fin d’après-midi (c’est très lent vraiment un LAGOON 42 😉 Ils ravitailleront demain.  Je pense que les autorités reviendront à la charge demain matin. Chouette. Une nuit tranquille. Le truc étonnant c’est que l’on doive dégager mais qu’ils n’ont pas tamponné nos passeports…La facture des courses est salée mais nous avons du rhum et de la bière (et des jus pour les enfants !!!) Manqueront les cigares mais tant pis ! Nous désinfectons quand même ce qui rentre à bord, ce serait bête d’embarquer le virus, puisque nous sommes sûrs de ne pas l’avoir après notre quatorzaine.

Et maintenant, et oui maintenant ? Et bien, c’est délicat, épineux et non sans risque : nous sommes aux commandes d’un navire qui n’a pas trop de solutions, hormis celle de retourner robinsonner ailleurs. Nous avons hésité à partir vers l’Ouest vers Cayo Largo pour continuer l’exploration. Et pourquoi pas contourner Cuba vers l’Ouest. Mais les nouvelles sont peu engageantes côté autorités. Finalement nous repartirons avec Aimalia vers l’Est, le vent sera mieux orienté ces prochains jours dans cette direction. Il nous reste quelques îles à explorer dans les Jardins de la Reine et l’union fait la force. D’ici une bonne semaine, nous essaierons de robinsonner du côté des Bahamas où l’on espère passer plusieurs semaines, en pirate ou en confinement selon l’ambiance locale, le temps que ça se tasse un peu aux Açores qui n’accueille les bateaux que pour mieux les renvoyer après un passage au supermarché.  Haut les cœurs, on a finalement de petits soucis à côté de ce que certains vivent actuellement. A bientôt ! Confinez bien, on vous embrasse chaleureusement depuis Cuba .

Ps- nous souhaitons un bon et prompt rétablissement à notre oncle Jean-Louis, fervent lecteur du blog qui se reprend des forces après une sérieuse alerte de santé (ce n’est pas le Covid 19)

Merci a Bruno de Speranza B&B pour les belles photos sous-marines, on sent la patte d’un vrai plongeur

4 réflexions sur “CUBA, Jardins de la Reine, un confinement royal

  1. Christophe Champenois

    Content de voir que vous avez pu refaire le plein,car je me demandais si vos pérégrinations dans les cayos étaient volontaires ou subis
    Ouf content pour vous et les enfants
    Profitez bien de vos pêches vous me faites rêver……
    Nous on confine sagement

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    1. EMMANUELLE BERTHE

      Ravie d’avoir de vos nouvelles et de voir que vous profitez à fonds des paysages et des fonds marins ! Merci pour ce récit, ces photos et cette petite vidéo … Un régal tous ces poissons !
      Je vous embrasse
      Manue

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  2. Thomas Biasio

    Salut les Robinsons; tenez bon on vous sent quand même assez inquiets.. quand je compare la langouste du Canada que j ai acheté chez Picard et les votres on ne doit pas manger la même chose …
    Pour le manque de fruits ça ne m’étonne pas trop à Cuba.
    Vous allez trouver une solution (peut être pas optimale )
    Le confinement pour nous revient à revivre un peu notre congé sabbatique ( cours à domicile ); rythmé par une ballade en binome quotidienne ; de la corde à sauter( je vais bientôt passer la ceinture marron ; du badminton et à titre personnel pas mal de yoga. Et surtout quel silence ! Le deconfine ment va être violent à ce niveau

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