A Cuba, libres (pour l’instant) !

Lol n°37 – Cuba nous voilà !

Bonjour à tous,

Comment commencer cette nouvelle chronique par autre chose que cette incroyable affaire du coronavirus ?? En ces temps de stupeur mondialisée, de paralysie généralisée, d’angoisse pandémique, nous vous adressons d’abord toutes nos affectueuses, amicales et chaleureuses pensées à vous tous, famille, amis, lecteurs proches et / ou inconnus ! Nous suivons autant que nous le pouvons (c’est-à-dire au gré des possibilités de connexion à Cuba) les développements de cette affaire, mais il nous est difficile d’imaginer ce que vous pouvez vivre actuellement.

De notre côté, nous sommes à Cuba, la patrie de Fidel et de Ché Guevara, et pour l’instant, nous sommes relativement épargnés. Pas de mesure de confinement, une quarantaine de 24h seulement, nous pouvons déambuler (presque) librement, dans ce pays pourtant si contrôlé ! Quel paradoxe…Ici le Corona Virus est suffisamment pris au sérieux pour que tous les accueils de lieux publics soient équipés de bouteilles d’eau de javel diluée pour se laver les mains. Pas de cas connus à Santiago où nous avons jeté l’ancre, mais 10 cas au moins à La Havane. L’étau de resserre, et la suite du voyage se teinte d’incertitudes. Retour sur ces derniers jours :

Samedi 14 mars – Adieu la République Dominicaine, merci pour ton accueil !

Ce qui nous fait plaisir, c’est primo, que nous repartons heureux, deuxio, que notre sentiment sur cette escale fait mentir les mauvaises langues : c’était une magnifique escale, accueil chaleureux des personnes que nous avons côtoyées, beauté des paysages parcourus, intérêt culturel du pays, bref, on ne regrette pas notre séjour ici. Notre dernier stop est Punta Rucia, au nord ouest du pays. Courte escale, une nuit, mais le temps d’un plouf bien agréable, d’une plongée, et des derniers mails avant notre départ pour Cuba.

La traversée pour nous rendre à Santiago de Cuba, sur la cote sud est de Cuba, s’annonce très tranquille, et de fait, elle l’est. Poussés par un vent léger de 20 nœuds, nous longeons d’abord les derniers milles de la côte nord-ouest de la République Dominicaine, puis de nuit, les côtes haïtiennes. Comment ne pas avoir le cœur lourd pendant nos heures de quart. Nous voici à quelques brasses de l’un des pays les plus pauvres du monde. Et pourtant, quelle histoire ! Premier pays indépendant (en 1801), libéré par ses propres enfants du joug de l’esclavage, avec Toussaint Laventure. Mais depuis plusieurs décennies, le pays n’en finit pas de subir fléaux sur fléaux, de désastres naturels en crises politiques, de séismes cataclysmiques en coups d’état malfaisants… Ce pays est devenu un repoussoir, et nous-mêmes, malgré l’envie qui nous y pousse, nous renonçons à nous y arrêter. Trop dangereux. Combien de touristes s’y rendent-ils d’ailleurs ? Ces derniers doivent se compter sur les doigts d’une main… Mais comment la tendance s’inversera-t-elle si le monde entier continue à la bouder ainsi ? Comment briser le cercle vicieux ?

Au milieu de la nuit, nous passons au large de l’île de la Tortue, célèbre pour les histoires de flibustiers et autres pirates qui s’y déroulèrent ! Tapis à l’abri de cette ile, les pirates guettaient les galions espagnols chargés d’or qui quittaient Santiago de Cuba pour regagner l’Espagne. Ils fondaient alors sur leurs proies, dévalisaient les galions, et filaient pour se réfugier dans le dédale des iles des Bahamas.

l’ile de la TOrtue

Dimanche 15 mars

Dans le Windward passage ! tout un programme. Windward, cela veut dire : vent dans le nez.

Après Haiti la nuit précédente, nous passons devant un autre lieu symbolique qui nous fait tressailler : Guantanamo… pour la petite histoire, avant d’étudier notre destination, ni Caroline ni moi ne savions que Guantanamo se trouvait à Cuba ! Nous nous interrogeons : Comment cette base a-t-elle pu se maintenir, ne serait-ce qu’aux pires heures de la crise américano-cubaine et de la Guerre froide ? Une base américaine au cœur du territoire de l’ennemi juré, la géographie et l’histoire font quand même de sacrés clins d’œil. Bref, nous passons à quelques milles de cet endroit de sinistre réputation, camp « d’internement » des combattants islamiques d’Al Quaida et de Daesh. Obama avait promis sa fermeture lors de son accession au pouvoir, mais cette promesse n’est jamais devenue réalité…

Comme il fallait s’y attendre, nous sommes contactés par les US Coast guards qui d’un ton plein de candeur, de bienveillance et d’aménité, nous demandent « Lolita, this is US Coast Guards, what are your intentions ? »… euh, on ne fait que passer, m’sieur ! et pour être bien sûr que nous ne mentons pas, voici que le bateau nous accompagne pendant une bonne heure.

Arrivée à Santiago

Lundi 16 mars – Arrivée à Santiago de Cuba. Usted Tiene el coronavirus al bordo ?

Bonjour à tous !

Nous voici à Cuba ! Joie dans les cœurs et sourires aux lèvres ! Nos esprits sont à la fête et l’excitation grandit au fur et à mesure que nous approchons de Santiago de Cuba. Après avoir embouqué le rio , (par lequel partit Hernan Cortes pour aller conquérir le Mexique, nous y reviendrons), nous approchons de la marina … . Contact VHF est pris avec le capitaine du port. Celui-ci nous invite à suivre une petite embarcation qui nous mène un peu à l’écart de la marina, au milieu du rio. Contrôle sanitaire. Une dame tout à fait charmante, avec un masque de protection sur le visage, monte à bord. Contrôle sanitaire. Série de questions : « D’où venez-vous ? », « avez-vous été en contact avec des personnes infectées par le coronavirus ? », « avez-vous des symptomes de grippe ? ». « non », « non », « non » répondons-nous systématiquement. Jusque tout va bien.

Notre accueil ici ? comment vous dire ? Je vais prendre une image ce sera plus simple. Imaginez que vous faites 400 km pour aller à une fête (à laquelle normalement vous avez été convié, pas officiellement certes mais officieusement on vous a fait savoir que vous étiez les bienvenus), et qu’une fois sur place, on vous dit sobrement : « Parquez-vous là, ne quittez pas votre véhicule, et attendez sagement qu’on vous contacte ». Tout cela est certes dit sur un ton extrêmement courtois : « Gracias por su comprehension », mais cela ne change pas le problème ; nous sommes mis en quarantaine, isolé au milieu du fleuve comme des pestiférés (on nous a obligé à mouiller là, à 1 mille de la marina, afin certainement que nos miasmes et nos éternuements ne parviennent jusqu’à la terre ferme !), sous le soleil brulant avec trois enfants qui piaffent d’excitation comme des chiots enfermés dans un appartement, n’attendant qu’une chose : aller courir au grand air. Bref, comme vous tous actuellement, nous sommes nous même en mode « confinement ». Le capitaine du port nous a dit que nous pourrons faire les papiers le lendemain.

Heureusement, nous retrouvons discrètement AIMALAIA le catamaran de nos amis qui n’ont mis que 30h pour rallier Cuba depuis Luperon ! C’est un grand jour à bord, leur aînée fête ses 10 ans, nous ne pouvions rater la fête.

Mardi 17 mars

Après une matinée de flottement nous sommes autorisés à nous rapprocher de la marina, 10 bateaux à tout casser dont 5 français. Invitation à descendre rencontrer les autorités : recontrôle de température. Tout se passe bien lorsque tout à coup, je sens le petit chat dans ma gorge se réveiller. Tentative de sortie discrète pour tousser, las, je suis immédiatement topée par l’officiel qui appelle la médecin, qui rereprend ma température et m’emmène illico à l’autre bout du quai avec les enfants pour vérifier si c’était un accident. J’accuse la clim, mais la raison semble être différente : une usine bien polluée diffuse une fumée noire sans doute assez polluante. Hervé me confiera hilare que l’officiel s’est mis à tousser peu après ! Fausse alerte bien sûr, mais nous sommes quand même surveillés et le personnel tout autour de nous porte le masque.

Avec Aimalaya et les autres français, nous sommes heureux de partager des nouvelles de France. La mère de Nathalie, en vacances au Guatemala avec des proches (heureusement) s’est littéralement faite expulser du pays, dehors les français avec vos microbes et hop en mini bus vers Mexico. D’où elle ne peut rejoindre la France !

La caserne de la Moncada
Les héros de la Révolution Cubaine

En milieu de journée, les équipages du cata et de Lolita prennent le bac pour Santiago pour une demi-journée d’exploration. Où l’on commence à prendre la mesure du poids de l’histoire. Fidel est partout, en photo, sur les bâtiments, Raul beaucoup moins. Dans la caserne de la Moncada dont la façade, malgré les ravalements est restée (volontairement) criblée de balle, nous prenons une leçon d’histoire sur la naissance du mouvement du « 26 juillet » 1953 qui marque le début de l’aventure Castro et les prémices d’une Révolution Cubaine. L’attaque de la caserne à l’époque s’était soldée par un échec : exécution de 62 partisans, et emprisonnement des autres. Fidel Castro, avocat, se défendra seul à son procès. Mal inspiré, Baptista, le dirigeant de l’époque, amnistia les rebelles après deux années de prisons. Ces derniers, en exil au Mexique, remontés à bloc, épaulés par Ernesto le « Che » Guevara revinrent en force combattre pour la libération de la patrie en 1959. Une guerre bien menée  malgré des moyens modestes. Le Leader Maximo était né, fascinant le monde par son idéalisme et son intransigeance. L’histoire est belle mais les réalités du pays ne lui donnent pas raison.

Retour en 2020 : ici en ville, les habitants ont pris l’habitude de se laver les mains dans chaque lieu public. Nous allons manger une petite glace dans un jardin dédié où se trouvent. plusieurs glaciers et patissiers qui vendent leur produit au même tarif. Les glaces, artisanales comme les boudoirs se déclinent en 2 parfums. Le parc, où les enfants sont tenus de ne pas effleurer les murets ni courir, s’avère vite inhospitalier.  Nous sommes d’ailleurs souvent repris dans la rue par des cubains inquiets de voir les enfants marcher sans nous tenir la main. Ca ne rigole pas beaucoup.

Mercredi 18 mars

Hervé retourne en ville pour aller faire quelques courses aux marchés. Nos cales regorgent déjà de conserves car nous avions anticipé les difficultés à Cuba. Ici, l’approvisionnement souffre un peu du système et des restrictions imposés par le voisin américain qui s’étaient bien allégées du temps de Barack Obama. Le Vénézuéla s’était imposé comme un bon allié, mais la débandade du régime laisse Cuba aux prises avec la nouvelle donne américaine de Trump. Certains magasins sont pleins… de deux ou trois produits ; les conserves de taille familiale remplissent les rayons (un type de conserve par rayon) En cas d’arrivage d’un certain type de produit (par exemple un bon shampoing abordable) les gens vont faire la queue devant le magasin. Pour les étrangers, les magasins semblent accessibles mais certains prix sont en CUC (pesos convertibles) quand les locaux peuvent s’approvisionner en pesos cubains. La monnaie touristique étant indexée sur le dollar…On voit des queues devant les boutiques…Ici tout prend du temps.  

Dans l’après-midi nous partons visiter la forteresse du 16e siècle qui garde l’entrée de la rade de Santiago. A l’image du pays, il y a pas moins de 16 personnes pour prendre soin du monument historique, mais pas une pour nous proposer une visite guidée. Nous rentrons à pied, ce qui étonne les personnes que nous croisons et essaient de nous aider à prendre le bus.

Côté connections, je me débats avec Internet. Pour avoir accès au WI FI il faut acheter une carte prépayée de temps qui permet de se connecter là où l’on trouve du wi fi (par exemple à l’hôtel de la marina)  on peut également acheter une carte SIM, mais elle sont réservées aux résidents. Nous passons donc par l’intermédiaire de Pedro, qui nous débrouille la question. C’est un peu nébuleux, mais l’on comprend qu’il pourra ensuite la déclarer perdue et la revendre à notre départ. En attendant, Pedro et Franck son acolyte, cherchent à récupérer tout ce qu’ils peuvent en matériel électroniques, disques durs, cartes SD, multimètre. Nous leur laissons quelques instruments et récupérons un peu de rhum vieux (sans doute volé dans une coopérative d’état) et des cigares.

Jeudi 18 mars

Contre toute attente, la guardia nous a délivré un permis de naviguer partout à CUBA. C’est à n’y rien comprendre, nous qui nous attendions à toutes sortes de tracasseries administratives à en croire Radio ponton…il est temps de partir vers l’Ouest explorer les Cayes du Sud de l’île. On ne devrait pas y croiser trop de touristes. Ni de Covid-19. Hasta luego !

2 réflexions sur “A Cuba, libres (pour l’instant) !

  1. Thomas Biasio

    Cuba ou le temps qui s’arrête … don’t hurry ici c’est assez irréel mais on continue de penser à vous . Le seul truc que vous manquez ce sont les tresors d imagination et d’humour qu on apprécie particuliément @

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  2. Michel Jouannic

    Coucou ,c’est Clara et Michel ,merci pour vos belles histoires d’aventures. j’espère que vous allez bien et que vous êtes en bonne santé.
    Bisou, Clara et Michel.

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