En passant par les îles Vierges

LOL n °34  En passant par les îles Vierges

Le 17 février 2020

Nous sommes bien arrivés en République Dominicaine (à ne pas confondre avec la Dominique située entre la Guadeloupe et la Martinique ) !

L’équipage est en pleine forme, le co-skipper un peu fatigué par la nuit !
Lever de soleil dans la baie de Samana, République Dominicaine

Mais quelles journées intenses depuis notre départ de Dominique. Avant de mettre le Cap vers la République Dominicaine, nous avions prévu un pit stop à Deshaies en Guadeloupe pour poster du courrier et un arrêt un peu plus long dans les Iles Vierges Britanniques sur notre chemin. Si l’on devait retenir les événements marquants de cette semaine, ils seraient d’ordre varié mais néanmoins forts en émotions.

Une navigation à « fond de balle » qui « envoie du steack » comme disent certains navigateurs. Globalement nous aurons navigué avec pas mal de plaisir au vent de travers, ou au large avec des vents supérieurs à 20 nœuds, allure que Lolita apprécie particulièrement. Les ralliements entre Dominique et Guadeloupe, puis BVI et Rép Dom ont été rapides et agréables. Si l’on excepte les grains « velus » qui ont émaillé notre parcours. Par grain on entend une accélération du vent jusqu’ à 50% souvent assortie d’une bonne « drache » (pluie tropicale) Mais, et c’est là qu’on reconnait les croisiéristes, on se réjouit car 1. Ça rince le bateau 2. On peut toujours aller se planquer à l’intérieur (et 3. On repère d’éventuelles fuites).  Ce qui ne serait pas possible en régate. En plus, tu peux toujours réduire la voilure sans craindre le ridicule, voire même parfois, ça t’arrange de ne pas aller trop vite pour atteindre un port inconnu en plein jour par exemple. Cette façon de naviguer n’a rien à voir avec la course au large, mais il faut avouer qu’il y a plein de bon sens.


Dérapage au mouillage (Deshaies, Guadeloupe)

Quand, en pleine nuit, tu ressens une drôle d’intuition, une risée plus forte qu’une autre qui te donne la lucidité de t’extirper du lit pour jeter un œil par le hublot. Tiens, mais que vient faire ce bateau là à côté de Lolita…quoiii ? Mais…c’est nous « qui dérapons » !!! Branle-bas, branle-bas ! Hervé sort de la cabine comme un ressort. Je démarre le moteur et Hervé se rue sur la manette du guindeau. Remontée express de la chaîne. Le disjoncteur du guindeau prend un coup de chauffe. Stand bye, on respire J’ai les jambes qui flageolent un peu. Nous avons frôlé la catastrophe. L’ancre s’est décrochée et nous avons dérapé vers le large certes, mais en évitant par miracle plusieurs voiliers ancrés derrière nous. Et surtout sans accrocher aucun autre mouillage, ce qui aurait pu nous mettre à plusieurs en fâcheuse posture. Il est 2h du matin, nous trouvons un autre endroit. A Deshaies, si tu ne trouves pas de bouée, il faut souvent mouiller par 10m de fond, ce qui nécessite à minima 40m de chaîne à relâcher. C’est notre 2e mésaventure de la sorte, celle-ci battant un record de stress. A chaque fois c’est par une arrivée de nuit, une marche arrière sans doute un peu timide pour s’assurer que l’ « ancre croche », et un usage sans doute erroné de la table de 4, multiple par lequel on calcule sa longueur de chaîne par rapport à la hauteur d’eau (et on ajoute ensuite ce que l’on veut en fonction des conditions, ou de son degré d’optimisme). Et pourtant, on la connait bien la table de 4, c’est au programme du CE1 de Jean.

La plaisance c’est le pied ! J’ai eu un peu de mal à trouver le sommeil, Hervé s’est rendormi comme un bébé, l’alarme du GPS enclenchée. Après tout, notre mouillage présente un taux de réussite exemplaire. Pas de quoi en perdre notre latin.

Si bien qu’en arrivant aux Iles Vierges on s’amarrera à la première bouée venue. Précisons qu’un amarrage sur bouée n’a rien de réconfortant si l’on est du genre à se perdre en conjecture sur l’état du mouillage, du bout ou de la chaîne, ou encore sur la capacité de l’ensemble à résister à la traction de votre bateau et son tonnage spécifique. En plus, c’est rarement gratuit, surtout aux BVI. Heureusement nous reprendrons confiance en mouillant par une belle journée où les grains se sont succédés avec pluie et vent jusqu’à 30 nœuds. Et si j’ai mal dormi c’était surtout à cause de la chaleur.

Les British Virgin Island (BVI) sonnent notre Adieu aux « Petites Antilles » pour aborder les « Grandes Antilles » nous y passons trop vite tant la richesse des lieux peut prêter au cabotage. Les BVI restent dans l’histoire de la piraterie, un lieu mythique des Caraïbes où l’on imagine aisément les voiliers pouvoir se cacher des regards. Mais comment faisaient il pour s’y retrouver sans cartographie ? A en juger par les nombreuses épaves, qui font les bonheurs des plongeurs, il y a eu quelques échecs. La moindre « cave » ou grotte recelait peut-être un trésor. En restant autour de John Van Dyke nous avons un bon aperçu des côtés enchanteurs de l’archipel. Son aspect bling bling aussi car nous sommes entourés à Great Harbour (passage obligé pour faire les papiers d’entrée) de gros catamarans aux lumières bleues dans le gréement ou sous la coque (quel stress pour les poissons ?) Inutile mais tellement « in ». La plupart des voiliers que nous croiserons sont américains ou canadiens. Le prix des « clearances » pour seulement trois jours dépasse largement notre budget (20uds/Pers) mais nous aurions dû nous renseigner un peu mieux. Tant pis, nous sommes vraiment contents (et frustrés) de notre arrêt (si court) aux Iles Vierges.

Langouste
Et l’épisode de la langouste n’y est pas pour rien. Vous aurez peut-être en mémoire lors de notre arrêt aux Grenadines, qu’un certains Nick, pêcheur à Canouan, nous avait emmené à la pêche à la langouste, en nous montrant avec beaucoup de pédagogie comment attraper les petites bestioles qui font saliver les gourmets. Nous étions repartis de cette session apprentissage avec deux collets artisanaux, chéris par Hervé et Pierre-Louis (fais gaffe à mon collet, attention tu vas plier mon collet, alors dans quel coffre où as-tu mis mon collet ? etc) Sur l’instance de Pierre-Louis, Hervé se mit donc à l’eau en duo pour une chasse à la langouste, dans l’île de John Van Dyke, Pierre-Louis faisant office de rabatteur (et de pêcheur aussi car il a son propre outil) Et nous l’avons vu revenir 20 min après avec un énorme spécimen de 3.7kg ! Suscitant l’attraction du mouillage autour de cette prise monumentale. Le soir même nous en faisions notre affaire, si j’ose dire, jusqu’à plus faim, car la chair de la langouste se révèle fort nourrissante (nous la terminerons le lendemain en salade avec des avocats)

« Heureusement » pour nous changer un peu (je plaisante !) nous avons pêché un magnifique Waouh au large de la Guadeloupe. Depuis que nous avons compris qu’il fallait garder un œil attentif sur la traine, ça marche beaucoup mieux.  Le Waouh n’est pas juste une onomatopée (Waouh, j’ai pêché un poisson !) C’est un excellent poisson qui ressemble au barracuda, la ciguaterra (maladie tropicale) en moins, et se déguste en filets, chauds ou froids. Un régal. Passé les 1 kg du 1er repas, il nous en reste entre 2kg que je fais cuire et réduire pour remplir un bocal. Et c’est avec fierté que je confectionne ma première conserve avec la cocotte-minute ! Qui semble avoir bien pris, on vous en dira des nouvelles. Heureux d’étrenner enfin ces bocaux fort encombrants lorsqu’ils restent vides.

Le saut des baleines :

Je ne sais pas si vous avez déjà vu une baleine sauter, moi non. Enfin jusqu’à cette semaine. En Antarctique j’en ai vu se gaver de krills, gueule ouverte, onduler toute bosse dehors, ou sonder la queue à la verticale vers les profondeurs. Mais pas sauter. Dans une sorte de parade amoureuse, les baleines surgissent hors de l’eau quasiment en entier en se jetant en arrière tel un athlète en Fosbury aux Jeux Olympiques. Il s’agirait d’une parade amoureuse… Je me souviens d’un film avec Philippe Noiret « Père et fils ». Il réunit ses trois fils qui ne se parlent plus et le délaisse, en leur faisant croire qu’il va bientôt mourir, et qu’il veut exaucer son dernier rêve d’aller voir les baleines au Canada. A la fin du film, après avoir observé vainement l’horizon sur un site dédié au « whale watching », les hommes réconciliés se tournent vers le père en riant du bon tour qu’il leur avait à nouveau joué. Et là par-dessus leur épaule celui-ci observe bouche bée le spectacle d’une baleine qui sort de l’eau toute entière et retombe avant que les autres n’aient le temps de se retourner. Bien sûr il est le seul à avoir vu le spectacle ! C’est à peu près ce qui s’est passé en remontant le long de la Dominique. J’ai vu une baleine sauter en Fosbery. Et presque personne ou presque ne m’a cru. Enfin heureusement on a vu le souffle au loin. Mais la nuit tombant nous avons renoncer à nous approcher trop prêt. Quelle émotion !

En quittant les BVI samedi, rebelote, mais cette fois, Pierre-Louis à côté de moi peut témoigner, et même si nous sommes loin du groupe, les baleines nous ont offert le spectacle de leurs incroyables parades suffisamment longtemps pour que toute la famille en profite. Quel feu d’artifice !

Des souris et un bateau

Juliette a perdu sa première dent. Question existentielle, et comment la petite souris va-t-elle venir à bord alors que Lolita est au mouillage ? Facile, elle (la petite souris) a senti le coup venir (ça fait plusieurs semaines qu’on en parle, elle a les oreilles qui sifflent la petite souris), elle s’est embarquée sur l’annexe, et n’a eu juste qu’à se glisser dans le bateau en trois tours d’équilibriste sur le bout d’amarrage. Et oui, c’est possible. A tel point que dans les grands ports, les cargos mettent des rondelles au bout des amarres pour éviter aux rats de se faufiler à bord. Là on a une petite pensée pour le rat qui, tout content de son idée s’embarque tel un funambule sur l’amarre du cargo. Pour retrouver à 2 pas du but les moustaches face à une porte close. Pauv’ bête, à moins de pratiquer le retourné acrobatique, il y un sérieux risque de chute…Ci-git à 15m sous l’eau Monsieur Rat et cie.

Enfin, notre petite souris à nous, elle est vraiment trop forte !  

Adieu aux petites Antilles

Les Iles Vierges derrière nous, c’est tout l’archipel dit des « petites Antilles » que nous quittons, et nous tournons une sacrée page dans le voyage, qui est passé un peu vite à notre goût. Si nous n’avions pas ce rdv en République Dominicaine nous aurions certainement continué à explorer d’autres îles (Barbuda, Antigua, et les BVI que nous survolerons) Mais nous restons dans les Caraïbes, le pays des pirates, et nous allons prendre plus de temps pour nos prochaines étapes. Depuis quelques semaines, c’est un peu la course. On ne se plaindra pas bien sûr, mais nous avons un bon rythme et Lolita cravache d’une île à l’autre. Il va être bon de ralentir un peu. D’autant que la suite n’est pas totalement écrite, mais nécessite un peu de documentation. République Dominicaine, Turk and Caicos, Cuba ? Bahamas, Bermudes, Açores…Allez j’arrête, ça sent trop la Transat retour…

Le grain

6 réflexions sur “En passant par les îles Vierges

  1. EMMANUELLE BERTHE

    Belle escale à vous tous !
    Merci encore pour ce recit et ces belles photos sans oublier les exploits malgré parfois les difficultés !!!
    Profitez aussi dz vos amis je crois qu’ils arrivent bientôt !!!
    Je vous embrasse
    Bon vent à Lolita
    Manue

    J'aime

  2. Michel Jouannic

    Bonjours à toutes zé à tous, chers lecteurs des chroniques du merveilleux équipage de Lotita, parti de Lorient en août dernier (après une belle soirée d’au revoir, face à la mer, avec les copines et copains partageant un ty-punch, avec de chouettes musiciens qui chantent de belles chansons, qui vous donnent envie de danser une laridé sur la plage, abandonnées, pas forcément car il y a du monde quand même au mois d’août …), je vous invite à une relecture de ce dernier papier de Caro et hervé « En passant par les îles vierges ». Les précédents récits nous invitaient, chaque matin, à laisser notre train-train quotidien (précisons que je ne suis pas cheminot), pour partir, vers où je ne sais pas, mais partir, avec mon baluchon, vers une direction, à définir, lorsque j’y verrai plus clair. Bref, revenons à ce dernier papier, qui mérite de prendre un peu de recule pour y voir plus clair justement…
    D’accord il y a du soleil à longueur de journée sur ces latitudes, les récifs sont chatoyants, et la végétation luxuriante, d’accord… Mais une langouste 3,2 kg tombent par magie dans un seau, puis dans la marmite un 20 février au soir, là j’y crois pas ! Je n’y crois pas, j’ai vérifié. Même en mettant dix tourteaux bretons dans un seau, on atteint à peine 3 kg. C’est truqué. Soit l’image a été déformées, soit ce crustacé a été récupéré sur la cheminée d’un restaurant des Caraïbes. Pêché dans les années 60, vu sa taille et son poids, il a été taxidermisé, puis exposé dans ce restaurant. Aujourd’hui, celui-ci est loué quelques heures, pour quelques rond de carottes, à des touristes de passage, voulant prendre une photo à sensation et la partager sur la toile. C’est ça la vérité…
    Voilà, c’est tout ce que je voulais dire, et méfiez-vous de ce qui est publié sur le NET…
    A part ça, la vie est belle et c’est tant mieux…
    Mich P’tit-dèj

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