Santo Antao, le plein de rando

Jeudi 28 novembre – Mindelo, dernier arrêt avant la transat !

Santa Luzia – Ce matin nous tentons une nouvelle plongée qui s’avère un échec tant la houle secoue les fonds et obstrue la visibilité. J’avais bien senti que nous avions été secoués la nuit précédente, bien que tout l’équipage a dormi comme un loir. Dommage pour Juliette qui n’avait pas voulu plonger la veille. Ce n’est vraiment pas la bonne journée pour essayer et nous sentons Jean également soulagé de notre retour au bateau. Nous n’avons pas mis pied à terre non plus car l’arrivée aurait été certainement très scabreuse dans les rouleaux. Adieu donc Santa Luzia ! Ile déserte, de roche et de sable, occupée seulement par des pêcheurs qui campent littéralement sur la plage. Quelle vie !

Nous mettons le cap au Nord de Sao Vicente, prudemment mais les conditions sont parfaites, et la trinquette est vite rangée au profit du génois. En chemin nous croisons le chemin de 2 coryphènes et une bonite qui ont la bonne idée de mordre à nos lignes. Miam ! En revanche, nous perdons aussi un leurre tout neuf (le troisième en 2 jours), ce dernier emporté ainsi que la ligne entière une dorade énorme, dont nous observons hallucinés le combat pour la vie (la ligne qui se tend, la dorade qui fait des bonds déséspérés, paf la ligne qui casse et la pauvre dorade qui continue à sauter dans les vagues). Dommage pour cette dernière, ça fait mal au cœur, mais le repas du soir est assuré.

Fierté des enfants
L’envers du décors : des heures de démêlage pour le père

Dans un timing parfait nous rejoignons la rade de Mindelo et son mouillage si protégé, avant la nuit. Il est occupé par des dizaines de voiliers en attente de partir. Les pontons inexistants il y a 15 ans abritent désormais de belles unités parfois atteignant parfois jusqu’à 80 pieds et plus, souvent immatriculées à Malte, ou en Grèce.

Nous descendrons à terre demain, la dorade n’attend pas et l’équipage se régale.

Vendredi 29 novembre – repérages

Grâce à Lara qui y a déjà passé quelques jours et parce que tout est à porté de foulée, je reprends vite la mesure de la ville, ses magasins et ses usages.

La matinée d’école est un peu laborieuse et nous consacrons l’après-midi au papier du bateau (il faut se déclarer dans toutes les Iles du Cap Vert et « confier » ses papiers de bateau) et à l’organisation des prochains jours. Mindélo a bien changé, Il y a 10 ans j’y avais fait une escale expresse pendant la Mini Transat. Tout parait plus propre et organisé. Hervé qui y a passé plusieurs semaines il y a 16 ans se montre entre plus surpris par la métamorphose du port du centre-ville. Mindelo devrait accueillir une escale de la prochaine édition de la fameuse Volvo Ocean Race (course au tour du monde en équipage), et si nous n’y avons pas cru avant d’arriver ici, cela semble beaucoup plus crédible à la vue du nouveau visage de la ville et de ses infrastructures.

Le soir, les enfants retrouvent avec joie nos amis du catamaran Kaé, (Olivier, Mathilde et leurs deux enfants. Croisé aux Canaries, il s’agissait de la première famille croisée depuis notre départ de France), autour d’un verre au « bar flottant » autre nouveauté au pied des pontons.

Samedi 30 novembre – Santo Antao la belle verte

Ce matin, nous laissons Lolita aux bons soins de Lara, dont le caractère sympa, « nature » et calme a permis ces derniers jours de canaliser un peu l’énergie des enfants et d’apaiser les esprits. Lara doit prochainement traverser l’Atlantique mais il y a un chassé-croisé d’équipiers dans le bateau en question, un RM10,50, qui est parti de Douarnenez cet été. La présence de Lara à bord de Lolita peut dissuader les rodeurs, même si nous ne ressentons aucun danger depuis notre arrivée au Cap Vert. Ceci dit, il est recommandé de rester vigilent au Cap Vert : d’une part parce que le rhum local (le « grogue ») consommé sans modération, ne rend pas forcément très intelligent (mais peut rendre au contraire « mauvais ») et d’autre part parce que le développement de la marina, qui ne va pas forcément de pair avec le développement social de l’Ile, peut susciter les envies.

Armés de sac à dos légers, pour prenons la direction de la gare maritime juste en face du mouillage pour rejoindre l’Ile de Santo Antao en ferry. On peut y mouiller en voilier, mais le mouillage est situé au Sud-Ouest dans la baie de Tarrafal et n’est pas particulièrement sécurisé.

En téléphonant du bateau, nous trouvons un hébergement pour la nuit, et dès notre arrivée nous sommes assaillis de chauffeurs qui cherchent des clients. Nous misons sur le mauvais cheval, pas sympa qui accepte nos conditions et se rétracte ensuite. Stop, tout le monde descend, nous nous sentirons mieux en sécurité dehors ! Les enfants sont impressionnés et nous soulagés ! Heureusement nous croisons la route d’un taxi qui nous emmène à destination sans embrouille : le cratère de Cova dans la centre de l’Ile. Santo Antao cache ses belles vallées en son centre et la façade est beaucoup plus humide qu’à l’Ouest. Quelle surprise en découvrant un authentique cratère reconverti à une agriculture verdoyante. Après un rapide pique-nique la petite troupe s’ébranle en direction d’un col qui nous permet d’atteindre la Vallée de Paul. Et là, quel spectacle époustouflant ! Hervé élit immédiatement le paysage comme le plus beau qu’il n’a jamais vu depuis notre départ. Je repense aux cirques de la réunion ou aux paysages de la Gomera aux Canaries.  Bonne surprise, Jean et Juliette partent devant comme des cabris en rigolant et …en courant. Mauvaise idée car Juliette fait un joli vol plané, heureusement sans gravité. Le chemin descend raide mais nous avons repris quelques muscles dans les gambettes depuis notre escale à Sao Nicolau.
Nous atteignons à l’heure du goûter le gîte, tenu par un français, Sandro et sa femme Cap Verdienne. Les enfants poussent des Oh, et des Ah, en découvrant notre chambre familiale comprenant 3 lits superposés (Queen Size en bas pour les parents !) mais surtout la vue panoramique sur une vallée verdoyante avec le nez quasiment sur la paroi d’en face. Il n’y a pas grand-chose à faire dans le village, à part les courses du lendemain, et jouer au foot ! Après une heure d’observation au bord du terrain, les garçons s’enhardissent, demandent s’ils peuvent jouer, et prennent part à une partie endiablée avec des jeunes de tous les âges. Tandis qu’au bord du terrain, Juliette enchaine roues et poiriers avec une petite fille et…Hervé qui fait le prof de gymnastique.

Quelle supère journée pour les enfants, qui ont retrouvé tous leurs moyens après nos mésaventures gastriques de la semaine dernière, et nous la concluons à l’auberge autour d’un bon repas, roboratif. Au Cap Vert comme dans plein d’autres pays, on n’hésite pas à mélanger riz avec légumes, frites, et haricots. Et quand notre hôte apporte des glaces faites maison, alors c’est la cerise sur le gâteau ! Et pour digérer le tout, quoi de mieux qu’un bon « grog » vieux ? (rhum local) Pour les parents bien sûr !

Dimanche 1er décembre : splendide vallée de Paul

Addison et Sandro nous avaient prévenu, la vallée de PAUL est le plus beau site de randonnée de l’Ile. Dès les premières foulées nous jubilons dans cette nature luxuriante, véritable jardin d’Eden où se concentrent plantations de papaye, manioc, caféier, canne à sucre, maïs, courges, oranges, pommes de terre goyaviers etc. cultivés la plupart du temps en étage à flanc de colline. On y trouve aussi des animaux, vaches, chèvres, cochons, poules, pour la grande joie de notre barbidou, Jean, qui s’arrête à chaque fois pour les nourrir.

Le chemin nous emmène au fond de la vallée, à flanc de colline, sur des crêtes, en haut, en bas. Nous savourons ! Nous atteignons un petit hameau niché en haut d’une crête, où d’improbables maisons ont été édifiées en parpaings, sans doute hissés un par un, ou peut être à l’aide d’une mule acrobate. C’est l’heure de la pause et nous dégustons un bon jus de goyave frais. Sur les bords du chemin fréquenté par, peut être 10 randonneurs par jour au maximum, les habitants de la vallée semblent vous observer de loin et surgissent par endroit pour vendre qui des oranges, qui du café, des rafraichissements.  En cheminant avec les enfants, parfois individuellement nous avons droit à de bons mots. Jean : «  Dis Maman, si plus tard, je ne trouve pas de femme pour me marier, est ce que je vais devenir pauvre ? »

Vers 17h nous atteignons enfin le fond de la vallée et entreprenons le premier « Aluguer » qui passe pour nous rendre à Ponta Do Sol où nous devons encore trouver un logement.

Là bas nous n’avons aucun mal à trouver un hôtel qui a le bon goût de nous offrir une chambre séparée pour les enfants, c’est le grand luxe. Et avec la fatigue de la journée, Juliette s’endort la première sans craindre pour notre éloignement tout relatif.

Lundi 2 décembre

Après un copieux petit déjeuner (comme la veille) Hervé nous emmène sur les traces d’une randonnée dont il garde un souvenir fort. Accessible depuis les faubourgs de la ville de Ponta do Sol, le chemin côtier nous emmène le long de falaises abruptes, jusqu’au village de Fontainas. Le paysage, comme la veille dans la vallée do Paul, est exceptionnel : cultures en terrasses à perte de vue, routes pavées suspendues aux ravins (mais comment les hommes ont-ils pu bâtir de leurs petites mains de telles constructions ?). Mais que la vie doit être rude pour les habitants de tels villages : des kilomètres de marche à pied pour rejoindre un pauvre lopin de terre de quelques mètres carrés, dont les cultures (mais souvent) sont brûlées par le soleil.

Dans les starting blocks pour la balade retour

Les enfants gambadent si bien que lorsque nous rebroussons chemin, (Juliette elle, « rembourse le chemin » d’un air décidé), ils partent loin devant tous les trois en nous gratifiant d’un coucou lointain. Pour Hervé et moi c’est du pain béni, et nous y gagnons une bonne heure de marche côte à côte pour deviser sur le voyage et le futur sans interruption. Très agréable !

Nous pique-niquons dans le port de pêche de Ponta do Sol, ébahi par le spectacle des  barques de pêche qui surfent jusqu’à la digue (on imagine les jours de grosse houle !) puis sont hissés à la force des bras sur le remblai.

Le retour à Sao Vicente dans la soirée a des allures de fête car nous retrouvons deux bateaux amis depuis notre escale au Sénégal, Spica et Aïmalaya (remplis bien sûr de petites têtes blondes, pour la grande joie des nôtres) Jérôme et Bénédicte (Spica) ont eu la gentillesse de nous ramener 4 batteries neuves de Dakar, ce qui nous donnera un peu de sérénité pour la Transat.

Mardi 3 décembre

Notre départ en Transat approche, nous avions fixé le 4 ou 5 et on y est presque ! Côtés préparatifs il y a surtout les batteries et quelques bricoles en sécu. Et bien sûr l’avitaillement. Je trouve à Mindelo ce qu’il faut, même si les supermarchés ressemblent plus à des supérettes, et il faut en parcourir plusieurs pour trouver les petites choses qui manquent. Les fruits abondent, on trouve des bouchers, volaillers et le marché au poisson vaut une bonne visite. J’y achète du thon délicieux. A défaut de le pêcher, n’en déplaise à nos artisans du bord.

Nous n’avons pas les mains toutes libres non plus pour les préparatifs, il faut équilibrer avec un peu d’école, et la sortie de l’après-midi pour défouler les troupes, mais aussi découvrir Sao Vicente et ses jolies plages avec nos amis de Spica. A Sao Pedro, au pied de la piste de l’aéroport, il y en a une justement, battue par les vents, mais dont l’eau cristalline invite à la baignade, malgré les rouleaux au bord. On y va aussi surtout pour observer les tortues très nombreuses dans ces eaux. Loisir réservé aux plus âgés car il faut nager un peu loin du bord. Pierre-Louis et Baptiste jubilent de leur plongée, entourés par les tortues dont certaines font plus d’un 1,50m d’envergure.

Mercredi 4 décembre

Derniers préparatifs, les amis ont embarqué les enfants pour une virée sur une plage au Nord de l’Ile, réputée pour surf et kite, tandis que nous nous dépêchons de ranger et parcourir la ville pour faire les courses. Un petit coup d’œil à la météo fait monter la pression : les alizés sont bien établis et soutenus, la houle est formée, ce qui rend les propriétaires de cata un peu nerveux, on peut les comprendre. Mais la date de notre départ n’est pas remise en cause.

Dernière soirée en forme d’au-revoir avec une grande tablée réunissant cinq bateaux (Boomerang, Spica, Kaé, Aimalay et Lolita) dont 14 enfants. Chacun raconte ses (mes)aventures et parle avec plus ou moins d’attente de ce fameux départ sur l’Atlantique et nous levons nos caiprinha à la transat. Nous serons les premiers de la tablée à partir dès le lendemain.

Jeudi 5 décembre

Dernier saut à terre avant longtemps ! Je complète l’avitaillement de nouvelles trouvailles en oubliant complètement les pommes, qui se conservent pourtant très bien en bateau. Les formalités envoyées, les derniers au-revoir, le plein d’eau et de gasoil, et hop, nous voilà partis… pour Santo Antao, dans le petit mouillage de Tarrafal. 18 milles gagnés sur la route seulement, mais nous avons encore des petites choses à régler, comme le rangement de l’annexe, et une vérification du pilote qui a eu dans l’après-midi une drôle de réaction. A l’heure où j’écris ce dernier message, il faut nuit noire, ça roule pas mal, et le sommeil est parti en transat avant nous.

9 réflexions sur “Santo Antao, le plein de rando

  1. Thomas Biasio

    herve je vois que tu recycles tous tes tee shirts de course a pied ! j ai reconnu le maillot vert de notre marathon de Paris 2013. bravo à pierre louis et ses splendides photos de tortue … bises de la France en grève

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  2. Ludovic

    Je reçois le mail m’informant de la sortie du dernier billet… Je ne trouve pas le début très raccord, je vérifie : chouette j’ai zappé un épisode, 2 d’un coup!

    Un conseil : les interrogations matrimonio-fortunesques, les remboursements de chemin et autres petites phrases : compilez-les, on oublie si vite… Nous on a une rubrique dédiée dans note blog familial (http://bl.danchald.com/blog/category/la-verite/, avec Juju en guest star dans l’un des billets d’ailleurs : « Juliette, 3 ans : moi ve fais du feval garfons »), et je me prends à me rebidonner en les relisant de temps à autre. on a commencé avec Mahaut petite (un des premiers billet parle d’un dessin pour Hervé sur Kifouine !), et on regrette de n’avoir plus rien concernant Louis et Marina.

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