La Teranga sénégalaise

LOL n°24

Un baobab, avant la perte de son feuillage

S’il fallait qualifier notre escale au Sénégal ce serait une sorte de feu d’artifice éclatant, joyeux, pétaradant et coloré, dont on peut se demander au départ s’il ne va pas faire pssicht, mais non et qui, surtout, s’avère toujours joyeux ! Pour tout vous dire, au cours de ces quinze derniers jours, nous n’avons pas arrêté ! La preuve : impossible de trouver un seul moment pour se poser sur Lolita et écrire cette news ! Tous les jours, de nouvelles rencontres, de nouvelles excursions. A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous venons de quitter Régine et Gilles, des amis de Dakar (voir ci-dessous) qui ont pris soin de nous comme de leurs propres enfants. Merci de tout coeur ! C’est l’heure de l’avitaillement, des dernières courses, des au-revoirs, des formalités de police, car demain nous aurons quitté Dakar pour le Cap Vert (3 jours de navigation) Normalement nous devions partir à midi mais quand tu rajoutes « inch Allah derrière » hop, ça peut se transformer en demain matin. Pratique dans notre cas.

Alors reprenons les grandes lignes (par thème)

Notre séjour à Saly-Portudal sur la « petite côte » :

Après notre séjour au Siné Saloum, et quelques jours de transition à Dakar, avec entre autres, consistant en quelques matinées incontournables de courses, école, lessives et bricolages en tout genre, nous abandonnons Lolita, et prenons la route de Saly, une station balnéaire au sud de Dakar ! Notre route ne nous aurait par forcément emmenés dans ce coin du Sénégal, mais les circonstances familiales font bien les choses : il se trouve qu’un de mes oncles, Antoine, et sa femme Dominique y viennent en villégiature plusieurs semaines par an, dans une maison qu’ils ont fait construire il y a quelques années. Ils sont justement sur place, depuis quelques jours. Ces derniers nous accueillent comme leurs enfants, avec la simplicité, l’affection et la générosité qui les caractérisent, dans la pure tradition de notre belle famille.

Notre séjour chez eux s’apparente à une parenthèse enchantée : nous ne nous occupons de rien, sommes servis, nourris, blanchis, dorlotés, tels de véritables coqs en pâte. Comble du bonheur, la maison est dotée d’une piscine, dans laquelle plongent, sautent, jouent, rigolent, s’esclaffent et sautent encore les enfants du matin au soir. On tente bien les « chuttt Jean, pas besoin de crier ! », les « Juliette, arrête de hurler ! », et les « Pierre-Louis, baisse d’un ton ! », le volume sonore est à son maximum… Mama mia, pourvu que les voisins ne soient pas atteints de surdité à l’heure qu’il est ! ou qu’ils n’aient pas porté plainte entre temps aux autorités locales pour tapage diurne…

Pour nous, parents, mises à part ces nuisances sonores, ces quelques jours sont une véritable aubaine pour nous reposer, nous relaxer, souffler, respirer, profiter. Imaginez seulement : un lit king size de 180 de large, comparé au petit trou de souris de notre couchette lolitienne, un ventilateur silencieux pour rafraîchir nos nuits, une douche, chaude si l’on dans une salle de bain spacieuse ! Le rêve, le bonheur ! Quelle volupté comparée à notre Lolita qui à cet instant, il faut bien l’avouer, malgré toute la tendresse qu’on lui porte, est bien loin de nos pensées !

Elevage d’huîtres à la Somone

Antoine et Dominique il faut bien le dire, sont aux petits oignons : un midi, ils nous emmènent déguster des huîtres de mangrove dans une guinguette aussi charmante que champêtre, les pieds dans l’eau, au bord de la rivière Somone. Nous savourons huîtres et oursins, entre deux gorgées d’un  succulent rosé… bref, le bonheur pur !  Un soir, nous dégustons un délicieux couscous dans un petit restaurant en bordure de plage. Le plaisir des papilles, c’est une chose mais il y a surtout le plaisir de discuter, de se retrouver, d’échanger des nouvelles récentes, de parler de la famille, de se connaître un peu mieux tout simplement. Nous faisons également la connaissance de Gilles et Régine, des amis dakarois (car non contents de nous accueillir, nous et toute notre petite tribu, Antoine et Dominique ont également ouvert leur maison à cette amie d’enfance de Dominique et son mari), avec lesquels, baignés dans cette ambiance chaleureuse, nous sympathisons immédiatement. Bref, Antoine, Dominique, soyez remerciés infiniment des instants précieux que vous nous avez permis de passer chez vous en votre compagnie, c’était tout simplement formidable.

Le collier de dents de requins, le rêve d’une vie

La réserve de Bandia, excursion inoubliable

Le dernier jour de notre séjour à Saly, nous partons visiter la réserve de Bandia, à quelques kilomètres de là. La réserve de Bandia est l’une des rares réserves d’animaux sauvages de la côte ouest du Sénégal. L’entrée du parc est un peu hors budget, mais ce n’est pas tous les jours que nous passons en Afrique ! En avant donc et tant pis pour le porte-monnaie, on mangera des pâtes! Nous montons dans la nacelle surélevée d’un 4*4 tout à fait approprié pour les pistes du parc, et nous mettons en quête avec notre très sympathique guide Yali, des animaux qui peuplent la réserve : girafes, rhinocéros, gazelles, zèbres, antilopes, oryx, buffles, hyènes, phacochères et autres crocodiles. Des animaux la plupart « importés » de pays frontaliers mais qui se plaisent bien dans la réserve et son environnement orné de baobabs, acacias et mimosas sauvages. Bingo, grâce à Yali et sa connaissance du parc, nous faisons le carton plein. Les enfants sont aux anges ! Hurlements de joie à la vue de la première girafe (malgré nos recommandations – surtout ne pas crier!), cris de vainqueurs à l’apparition des rhinocéros, tapis dans les bois, exclamations à la découverte du premier zèbre, et tout à l’avenant jusqu’à l’ultime tournant du périple ! Le parc fermant ses portes (nous sommes les derniers visiteurs), nous ramenons notre guide Yali en voiture à son village. Nous apprenons que sa fille est handicapée IMC. A ce moment, il n’est plus question ni de guide ni d’animaux sauvages, mais d’Hommes (lui et nous) qui échangeons ensemble sur nos conditions de vie, et sur notre humanité. Nos chemins se séparent. Peut-être nous reverrons-nous. Inch’ Allah comme on dit ici ! Bon courage, Yali car le handicap ici au Sénégal, pour ceux qui en sont victimes, mais également pour leurs proches, parents et famille, ne semble pas être une sinécure.

Les rencontres de bateau !

Après cette pause enchantée, cette parenthèse bienfaisante, nous voici de retour à Dakar, au CVD (Cercle de voile de Dakar). Et là, surprise, nous découvrons avec bonheur que plusieurs bateaux (et notamment des bateaux avec des familles) sont arrivés depuis notre départ pour Saly. Il y a Aïmalaya, le bel Outremer 55 qui fait rêver tous les voiliers du mouillage, skippés par Xavier et Nathalie, avec leur trois petites filles, il y a Eric et Christine, navigateurs débonnaires et ultra sympathiques qui ont quitté la Galice, il y a Benji, Elena, Bao et Jena, sur leur petit bateau vert, en route pour leur deuxième voyage, qui nous font penser à nos amis Lorientais Sonia et Brice (bonjour à eux d’ailleurs!) et il y a la famille Hémar, Bénédicte et Jérôme et leur quatre garçons sur leur bateau Spica, un feeling 446, autrement dit le « grand frère » de Lolita, avec lesquels nous sympathisons immédiatement. En bateau, les amitiés se nouent vite, pas besoin de protocole, et surtout quand il y a des enfants. Ces derniers deviennent copains quasiment dans la minute suivant la première rencontre, et entre parents, on s’invite aussitôt d’un bateau à un autre. Très vite, les affinités se font jour, et étonnamment, nous nous rendons compte 1) que nous avons quitté Belle-Ile pile le même jour et 2) que nous avons en commun des liens entre familles et amis (Capucine d’Anchald, Aurélien Dubois, Elise Roquette, ils se reconnaîtront !) ? Bref, le monde est petit et dans l’intimité du cockpit de nos bateaux respectifs, à l’abri du soleil de Dakar sous nos toiles d’ombrages, nous voici un verre à la main et chaque phrase ponctuée d’un point d’exclamation, en train d’évoquer les amis du « ch’nord », la genèse de nos projets, les souvenirs de voyage, les rencontres de bateau, les rêves communs, les galères similaires, et déjà, naturellement les moyens de se retrouver aux prochaines escales !

Hervé en plein nettoyage du réservoir (celui qui a reçu un peu de gasoil à Ténérife) Derrière on devine le fameux dessalinisateur qui…. nous encombre pas mal puisqu’il ne fonctionne pas…verdict et SAV prévu…en Martinique (d’ici là, l’équipage se lavera au gant de toilette)

Le petit monde du CVD !

Je vous vois déjà penser, en lisant cette nouvelle : « Quelle vie de patachon quand même, ces Olagne ! » Oui, oui, on vous l’accorde, notre vie est douce et heureuse, et d’ailleurs, soyez rassurés, il est peu de jour qui passe sans que nous nous rappelions mutuellement la chance exceptionnelle que nous avons de vivre cette aventure ! Mais attention à l’image idyllique ! En bateau, les galères sont monnaies courantes, et s’il est vrai qu’on raconte plus volontiers les excursions passionnantes et les joyeuses rencontres, le temps et l’énergie qu’on passe à les gérer (ces fameuses galères), sont tout à fait, comment dire… « non négligeables » ! Depuis notre retour de Saly, par exemple, je passe mes matinées (ou mes après midi, c’est au choix), la tête et les mains dans les fonds du bateau : démontage du circuit d’eau douce, nettoyage des réservoirs d’eau, bricolage du déssalinisateur. Depuis les Canaries, l’ensemble nous donne des poussées d’urticaire : fuite d’eau, déssalinisateur qui ne fonctionne plus, eau douce à la douce et persistante odeur de gazoil… le bateau est dans un état apocalyptique (il y en a partout, cloisons, outils, tuyaux, livres, etc.), sans compter la chaleur et la poussière qui envahissent le moindre recoin. Nous sommes transpirants, suintants, dégoulinants, bref, tout ce qu’il y a de plus agréable… Mais cela reste anecdotique et surtout, n’atteint en rien notre bonne humeur, qui est au zénith avec cette ambiance étonnante, autant dépaysante qu’insolite, du CVD.

Outre les navigateurs de passage comme nous, et les quelques personnes, sénégalaises ou toubabs (blancs), qui viennent « y boire un coup », le Club de Voile de Dakar (CVD pour les intimes) compte une autre population, aussi étonnante qu’attachante, celle des « travailleurs », artisans et commerçants. Le CVD abrite en effet une petite dizaine d’ateliers, qui fonctionnent comme un petit écosystème. Ces derniers occupent le fond de la propriété du CVD, derrière les grands arbres et le « cimetière à bécanes » (il n’y a pas d’autres mots : une forêt de vieilles motos poussiéreuses, dégonflées et parfois désossées gisant là on ne sait pourquoi). Chacun de ces ateliers est tenu par une personne, qui occupe un métier spécifique : Il y a Moussa, le réparateur de hors-bord, dont la « terrasse » de l’atelier est jonchée de pièces détachées de moteurs. Son voisin immédiat, c’est Dialo, le mécano-soudeur, auquel nous avons confié la confection de bossoirs (pièces en inox pour porter l’annexe). A côté de ce dernier se trouve le vieux hangar de Diego, le voilier. Diego, c’est un peu le « papa » de la bande, le chef du village. Sous le haut-vent de son atelier, sous lequel on tient à peine debout, se trouve le véritable poumon du club, le QG officieux. C’est là que tout le petit monde du club (les sénégalais) se retrouve pour discuter, boire le thé, se reposer, faire la prière, attendre, chercher une information, guetter le client. Un lieu névralgique, « Là où ça se passe », comme dirait l’autre. Quand nous sommes arrivés au CVD, nous n’avions pas fait attention à cet endroit, situé un peu en retrait des bâtiments principaux. Pour être très honnêtes, nous étions même un peu dubitatifs devant cette espèce de bric à brac à ciel ouvert.

Diego, le voilier du CVD est correspondant DELTA VOILES, et participe régulièrement aux salons nautiques en France ; son atelier se situe dans une ancienne salle de squash !

Mais rapidement, notre regard a changé. Nécessitant une pièce, puis une réparation, puis une autre, nous avons peu à peu pénétré ce petit monde très attachant du CVD. Et très vite, non seulement sommes-nous tombés sur des mines de talents, des trésors d’ingéniosité, mais surtout des cœurs d’or. Il y a « Tapha », qui fait l’eau et le gasoil (entièrement transportés à la force des bras et des jambes en bidons de 20 Litres du club jusqu’aux bateaux), avec qui nous nous lions d’amitié (j’y reviendrai) ; Diego dont je parlais plus haut : habitué du salon nautique de Paris, qui connaissait Florence Arthaud et les grands noms de la voile du temps de la course océanique La Baule Dakar. Il travaille dans la pénombre de son atelier blaffard et poussiéreux, sur une antique machine à coudre, mais quel orfèvre ! Grâce à lui, nous quitterons Dakar avec la sellerie de notre carré, refaite intégralement (il était temps, celle que nous avions tombait en lambeaux). Il y a également Mamadou le gardien du club, Seydo, le passeur. Il y a « Mama tissu » qui confectionne des robes et des boubous, « Mama nougat » qui prépare des nougats, à faire se damner les adeptes des lichouseries les plus sucrées du Finistère.

Les enfants ne sont pas pour rien dans ces rapprochements : lors de notre arrivée à Dakar, Jean, avec son caractère inné « Barbidou ami des bêtes », s’était immédiatement acoquiné d’un petit chien à l’allure aussi chétive que galeuse du nom de « Huch » (hommage à la série américaine dont il est fan) Or « Huch » appartient (du moins, on pense qu’il appartient, rien n’est jamais très clair ici) à Mohammed, rebaptisé Toutoumiaou par Juliette. Jean, en promenant le chien partout dans le club, s’est lié d’amitié avec « Ibou » (diminutif d’Ibrahim) un homme d’une grande gentillesse, au point d’Ibou lui a offert son pendentif fétiche, une ancre de marine. Petit à petit, à force de nous saluer, nous avons sympathisé. De fil en aiguille, c’est ainsi qu’un soir, en rentant de Dakar, nous nous vîmes Caroline et moi offrir un verre de thé par Ibou. Je n’ai pas creusé la question, mais il m’a semblé, par ce geste, que nous étions désormais « invités » chez eux, un peu comme si nous pénétrions la famille. Depuis, leur gentillesse, leur amabilité ne se sont jamais démenties, non pas qu’elles n’étaient pas présentes auparavant, mais elles sont devenues beaucoup plus chaleureuses et authentiques. Par ailleurs, le fait que nous ayons entre temps confié aux uns et aux autres, pour qui les « commandes » et les opportunités de travail sont manifestement rares, plusieurs chantiers, n’est pas étranger à cette évolution. Mais de fait, une véritable proximité s’est développée entre nous, et nous nous sommes attachés aux uns et aux autres, au point de venir saluer tout ce petit monde tous les matins, comme on le ferait des collègues de bureau. Un vrai plaisir.

Avec Tapha et Ibou, au Sénégal on aime les photos bien posées !

Moralité de l’histoire, et pour parodier les béatitudes : « Heureux les propriétaires de vieux bateaux, ils découvriront les richesses des locaux ! ».

Des retrouvailles incroyables à Dakar

Nous les savions à Dakar par échange de mails. Après Ushuaia, c’était certainement le dernier endroit où nous pensions les retrouver. Le hasard fait bien les choses, et non seulement a-t-il permis qu’ils viennent rendre visite à leur fils et sa famille, expatriée à Dakar, mais en plus, au moment où justement nous nous y trouvions ! Jeanne et Bernard de Ravignan, nos amis rencontrés à Ushuaia il y a 10 ans, amitié fondée au cours d’une soirée d’anthologie au bar du Micalvi à Puerto Williams, au retour d’une croisière au Cap Horn… souvenirs inoubliables.

en route pour N’Gor en pirogue

Il était écrit que nous retrouverions Bernard et Jeanne dans un lieu insolite de Dakar. Cela n’a pas manqué : l’île de N’gor. Vous n’y accédez qu’en pirogues. Sur place, des maisons de rasta, des plages minuscules, des surfeurs un peu partout, des joueurs de foot naturellement (même si le terrain fait 5 m², cela suffit pour jouer), des restos les pieds dans l’eau. Cela faisait plusieurs jours que nous voulions y aller et c’est donc là que nous leur fixons rendez-vous. Quentin, leur fils les accompagne, il est allé faire du surf au crépuscule dans le spot voisin. C’est à ça qu’on reconnait les passionnés ! Retrouvailles au détour d’un chemin, embrassades, accolades, et c’est reparti comme au bon vieux temps. Bernard et Jeanne sont des gens étonnants, des perles rares. A la retraire depuis quelques années déjà, Bernard qui baignait dans le milieu nautique (il tenait le magasin Accastillage Diffusion de Nantes) a eu l’opportunité de devenir le skipper d’un bateau de 16 mètres, la Cardinale. Rêvant de grands espaces, de Patagonie et d’Antarctique, les voici partis cap au sud. Alternant séjours sur place et retours en France, cela fait quatre ans qu’ils font découvrir à leurs proches et leurs amis ces contrées uniques. Pour Caroline et moi, cela avait été un rêve d’aller les rejoindre pour un nouveau séjour sur place, en Antarctique, ou en Georgie du Sud. Nos rêves nous ont menés ailleurs, mais l’amitié qui nous lie à Bernard et Jeanne est de celle qui ne passe pas. Et nous voilà donc à table à discuter, à rigoler, à évoquer souvenirs communs et projets de navigation. Que le temps est doux avec vous les amis ! Rendez-vous dans le Pacifique ??

Les virées en taxi

Ah les taxis de Dakar !! Comment passer sous silence ce spectacle ambulant à lui tout seul ? Ceci dit l’ensemble des véhicules roulant ici, à part les 4*4 et les voitures de police, mériterait une description approfondie tant on voit de phénomènes étonnants, d’ovni roulant, de camions de Mathusalem, des autocars de la Grande Guerre, de Peugeot 505 de nos grands-parents, des tacos à la Gaston Lagaffe, pétaradant, fumant, hoquetant, rugissant. Le ciel de Dakar ressemble à un nuage de charbon ? Mais regardez les véhicules qui y roulent ! En dessous de 400 mille kilomètres, il est rare d’en trouver. Mais revenons à nos taxis. J’en parle car ce sont eux que nous empruntons le plus souvent pour nous déplacer dans Dakar. Souvent, les portes ne ferment plus, les vitres de montent ou ne descendent plus, le coffre reste ouvert, les phares n’existent plus, les carrosseries sont défoncées. Mais, aussi pourri soit-il, tant que le véhicule roule, le chauffeur y reste attaché comme les yeux à leur prunelle, c’est à dire très fort.

Un soir que nous rentrons de la plage de Yoff, afin de profiter d’une baignade dans les rouleaux clairs et puissants de l’océan, nous en hélons un dans la rue. Traditionnelle négociation des prix :

  • Salaam Aleikoum, CVD, plage de Hann, combien ? Demandons-nous
  • 5000 répond stoïquement le chauffeur.
  • 5000 Hein t’es fou ?? 2000 à tout casser, nous exclamons-nous indignés
  • D’accord, 3000, rétorque le chauffeur. Et voilà on tape dans la main, et c’est parti vers notre destination.

Ce soir-là, nous sommes deux taxis à nous suivre, Caro est montée avec Bénédicte avec une partie des enfants, et moi avec le reste. On peut être six voire plus à bord, avec les enfants ça passe. La voiture s’ébroue en direction de notre destination. Peu de temps après, après avoir rejoint le périphérique bondé, je vois que la voiture n’accélère plus. Cela n’est pas gênant avec le trafic qui règne mais quand même. Le chauffeur quant à lui, ne manifeste aucun signe de nervosité, il est impassible.

Un moment donné, alors que je discute avec lui du Mohoud (ou gamou, l’anniversaire de la naissance du prohète Mohammed chez les musulmans, une fête énorme qui donne lieu à un pèlerinage de grande ampleur dans une ville entre Thiès et Saint Louis), je m’aperçois que la voie est libre devant lui et qu’il roule désespérément au pas à 5 km à tout casser, j’irai plus vite à pieds. Derrière nous, c’est un concert de klaxonne qui rugit, sans indisposer en rien notre chauffeur. A lui seul, il recréée un bouchon, dans une circulation qui est déjà plus que difficile. Je lui pose alors la question :

  • C’est normal qu’on n’avance plus, là ?
  • Oui j’ai cassé le câble d’accélérateur… on va s’arrêter pour le changer.

Les minutes passent… toujours rien. Heureusement l’autre taxi, qui ne connait pas la destination, roule également au pas, faisant ainsi un petit cortège de deux teuf teuf. Finalement notre chauffeur s’arrête. Bien poliment, je reste assis avec les enfants. 1 minute plus tard, le chauffeur reprend place à bord, enclenche la vitesse, et…  on se met alors à entrendre des rhuuuuuuuuuuuu rhuuuuuuuuu à assourdir tous les dieux de l’enfer.. Le chauffeur me dit. Ah on l’a peut-être réglé un peu fort….Nouvel arrêt.

Dans l’autre taxi, le gars s’énerve un peu. Comme les oiseaux qui picorent le dos des buffles, les taximen vivent en symbiose, et sur ce coup-là ils doivent faire équipe. Le chauffeur nerveux monte sur le trottoir pour lancer des invectives à l’autres, mais pourquoi tu vas à 2 à l’heure, vas-y ! Ensuite l’autre se trompe de chemin… nouvelles invectives. Ils s’arrêtent encore, repartent, se doublent. Ca n’en finit plus ! Nous arrivons quand même à destination, et ouf, le passeur nous a attendu (notre annexe est en réparation) pour nous ramener à bord. Le chauffeur du taxi de Caro regrette amèrement la négo trop basse, on rallonge un peu pour bien faire.  

L’école des enfants de Tapha

Au détour d’une conversation nous avions parlé avec Tapha, le technicien qui s’occupe des pleins d’eau et gasoil, de notre souhait de visiter une école avec les enfants. Celui-ci nous prend au mot et revient le lendemain avec les coordonnées du directeur qui se montre très enthousiaste à l’idée de notre passage. Rendez-vous pris, nous partons le matin bien avant l’heure car Tapha redoute les embouteillages et ne souhaite pour rien au monde rater le rendez-vous. L’école nous attend ! Accompagnés par l’équipage de Spica nous parvenons à l’école franco-arabe Mademba. Dans un petit immeuble, les enfants semblent bien serrés dans leur classe. Il y a environ 400 élèves répartis par niveau. Parfois l’instituteur s’occupe de plusieurs classes. L’école est en travaux pour offrir un peu plus d’espace, il en faut ! Notre arrivée provoque un peu de désordre…qui se répand à mesure que nous franchissons le seuil de chaque classe, puisqu’il ne faut oublier personne. Les enfants sont invités à s’assoir parmi les écoliers. Nous entamons : « Santiano », « Aux Champs Elysées » des chants qui font écho du côté des écoliers à la version sénégalaise de « Auprès de ma blonde » et « Si tu as d’la joie au cœur » Les leçons au tableau noir nous ramènent à nos manuels d’apprentissage, intéressant, tiens, je n’ai pas encore fait les chiffres pairs et impairs avec Juliette, ne pas oublier. Sur les murs, de nombreuses maximes rappellent les valeurs de l’établissement : le travail, l’excellence ; les leçons sur le paludisme, ou la morale servent de support aux exercices de grammaire. Le niveau sonore atteint son maximum. Nos deux plus jeunes représentants, Juliette avec ses nattes blondes et Théophile avec ses cheveux bouclés ont beaucoup de succès.  Si nous étions attendons, voire désirés, rien ne semble vraiment préparé, alors nous improvisons de rapides présentations. Les élèves et leurs maîtres semblent simplement enchantés de voir notre petite délégation, eux qui habitent la banlieue de Dakar, dans un quartier très modeste. Nous repartons avec les coordonnées du directeur en poche, qui souhaite élaborer des échanges avec des écoles françaises. A bon entendeur ?

Nous quittons l’école avec Tapha qui nous propose un détour par son appartement. Il habite une sorte d’immeuble collectif, où les familles partagent cuisine et salle de bain. Tapha et ses quatre enfants vivent dans une seule pièce. La Maman avec le bébé dans un lit, les 3 enfants dans le grand lit et le Papa tire un matelas de sous le lit pour indiquer sa couche ! Nous comprenons mieux pourquoi Tapha, qui a dormi sur Lolita pendant notre périple à Saly s’est senti au comble du luxe.

Il nous en apprend un peu plus sur lui, il a eu deux vies. Marié une première fois « de force » (pour obéir à sa mère) il s’est retrouvé jeune père de famille au bras de la femme de son frère décédé avec deux enfants à charge. Les enfants élevés, la mère disparue, Tapha a quitté le village pour tourner la page de la tradition avec sa nouvelle épouse. Ils sont installés en banlieue de Dakar dans ces conditions plus que modestes, mais ce qu’il me dit dans un sourire est universel : « ma femme, elle me rend très heureux, j’ai de la chance de l’avoir »

Thiaroye est une banlieue donnant sur la baie de Hann, les gens y vivent de la pêche ou travaillent à Dakar

 Au retour, nous estimons qu’il convient de la jouer « locale » avec les transports en commun et montons dans un bus bondé, qui roule à tombeau ouvert et portes ouvertes. Inch Allah !

Au revoir Dakar !

Bientôt quatre semaines au Sénégal : c’est notre plus longue escale. Le temps a passé parfois lentement, mais si vite. Nous avons eu plusieurs fois envie de repartir très vite, trop chaud, trop poussiéreux, besoin de retrouver des eaux claires et nager autour du bateau sans craindre une infection de peau (les enfants ont attrapé, notamment Jean, un impétigo sévère). Mais nous quitterons à regret la Teranga, cette terre africaine de toutes les hospitalités, qui fait passer la rencontre de l’autre avant toute question matérielle. Evidemment, j’ouvre une parenthèse, ça dépend si vous êtes dans un endroit touristique, là où le toubab n’est qu’un porte-monnaie sur pattes. Au pays du vivre ensemble le Sénégal est roi, là ou cohabitent plusieurs ethnies de traditions différentes, une majorité de musulmans qui n’écrasent pas les 5% de chrétiens, sans compter les animistes (convertis à un islam modéré) La seule chose que l’on puisse te souhaiter, O pays de la Teranga, c’est de te lever vraiment ; ne laisse pas les autres faire à ta place !

Si nous aurions volontiers aimé poursuivre l’exploration du Sénégal notamment vers le Nord, le fait de rester plus longuement au même endroit nous aura donné le temps de la rencontre. Ce qui donne une autre dimension au voyage. Nous sommes arrivés en fin d’hivernage, (saisons des pluies) à cette période où les nuits sont aussi chaudes et moites que le jour. Depuis notre retour du Saloum le temps a changé. Les nuits sont plus fraîches, les Alizés installés, le vent de Nord fait tourner généreusement l’éolienne, emportant les brumes de Dakar vers d’autres cieux. Il pourvoie aussi les poussières de la banlieue, notre pauvre Lolita semble d’ailleurs avoir fait un séjour en brousse. Intérieur et extérieurs sont recouverts d’une fine couche rouge. L’autre jour, nous avons observé à terre une invasion de petits scarabées, signe du passage à l’été. Et pour preuve, nous avons même réintégré notre petite cabine arrière. Les Alizés sont revenus, il est temps de mettre les voiles ! Au revoir Dakar, tu connais la chanson…nous reviendrons !

14 réflexions sur “La Teranga sénégalaise

  1. Gwenn

    magnifique récit, merci pour ce reportage et toutes ces belles fenêtres ouvertes sur un monde inaccessible pour nous pauvres sédentaires !
    bon vent vers Cape Verde, tu vas retrouver des « collègues de bureau » anglais 😉 !
    gros bisous à tous les Olaventuriers !
    Gwenn

    Aimé par 1 personne

  2. nolleetjeanlouis

    Super de Super!!
    Question 1: le crocodile a-t-il mangé le singe?
    Question 2: j’ai cru reconnaître un zèbre RNSFB; avez-vous vu aussi des zèbres de l’espèce RBSFN (raies blanches sur fond noir)?
    Bises à tous,
    Noëlle et Jean-Louis

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    1. Bonjour Noëlle et Jean-Louis, je ne sais pas pour le crocodile…mais l’image est amusante (à mon avis, ils étaient un peu apathiques quand même ces crocos) et pour les drôles de zèbres, je crois n’avoir vu que des RNSFB ! Nous vous embrassons

      J'aime

    2. Camille Gavériaux

      Les petits chéris, que le monde est petit pour les aventuriers ! C’est formidable de retrouver l’Amérique du Sud en Afrique noire ! Quant à votre sénégaulois, il est à croquer. La bise. Take care

      Aimé par 1 personne

  3. EMMANUELLE BERTHE

    Merci pour ce super récit !
    Super bien écrit, bien illustré !
    Vous avez bien profité de cette parenthèse… Bon vent vers le Cap Vert !
    Hervé cela doit te rappeler unes des écales avec Kifouine !

    Je vous embrasse tous parents et enfants !
    Et je vous dit à très bientôt !
    Manue

    Aimé par 1 personne

  4. Camille Gavériaux

    Les petits chéris, que le monde est petit pour les aventuriers ! C’est formidable de retrouver l’Amérique du Sud en Afrique noire ! Quant à votre sénégaulois, il est à croquer. La bise. Take care

    Aimé par 1 personne

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