Siné Saloum, entre mer et terre

Voici le récit de notre joli voyage dans le Siné Saloum à 65 milles au Sud de Dakar (au dessus de la Gambie). Nous sommes actuellement à Saly-Portudal sur la « petite côte » au Sud de Dakar, royalement accueillis par un oncle d’Hervé, Antoine et sa femme Dominique, qui nous dorlotent le temps de ce week-end prolongé. Tandis que Lolita nous attend sagement en baie de Hann.

LOL n°23

Mardi 21 octobre

Il est 7h00 pile lorsque nous quittons notre mouillage de Dakar. Nous devons absolument atteindre le Delta du Siné Saloum avant la nuit. D’où cet horaire matinal. Tout bien calculé, ça ne laisse pas tant de gras que cela ; la nuit tombe tôt près des tropiques, autour de 19h. Il va falloir carburer. Ça tombe bien, après un petit déjeuner vite envoyé, les enfants ayant émergé tour à tour en attendant le bruit du moteur, nous envoyons le « pépin » autrement dit notre spinnaker. On est assez heureux de notre trouvaille. Jeanne Grégoire, une ancienne navigatrice de haut niveau nous l’a prêté juste avant notre départ. Et j’avais embarqué une « chaussette » à spi, une sorte de long fourreau qui permet de déployer le spi contenu dans cette chaussette. Une vraie sécurité pour les plaisanciers, moins utilisée chez les régatiers, sauf sur les bateaux de 40 pieds et plus. Vu la taille de la voile, un poil trop courte et trop petite pour notre bateau, la chaussette ne s’impose pas, mais techniquement, elle nous permet d’envoyer la tête du spi plus bas, et cela « tombe » mieux ainsi. Les néophytes me pardonneront ce charabiat. Les autres comprendront que nous ne naviguons pas seulement génois « en ciseaux » mais aussi avec un spi (précisons-le symétrique).

Trafic dense aux approches de Dakar, des cargos au mouillage attendent leur tour pour charger ou décharger dans le port de commerce

Bref, nous sommes contents de la bidouille, car avec 10-15 nœuds de vent, Lolita file vers sa destination à une vitesse très honorable.  Seul bémol, le spi porte l’inscription « Banque Populaire » souvenir d’un sponsor de l’époque. Alors, quand nous réalisons notre petite photo « fan club » d’Initiatives Club cela me fait sourire. A Lorient Banque Pop’ est une équipe concurrente juste en face de mon bureau. Au passage nous souhaitons bon vent à Clarisse et Armel pour la Transat Jacques Vabre ! Mais nos favoris n°1 restent bien sûr Sam et Paul sur Initiatives Cœur. Pour l’occasion j’ai sorti toute ma panoplie répartie entre tous les membres de la famille. Hervé hérite de la veste de quart. Il a du mérite, car la température dépasse les 30°. Le soleil, tel un gourdin, tape dru, et le bimini peine à nous protéger de ses rayons, même en fin de journée.

Photo d’ambiance en soutien à mon équipe Initiatives Coeur, il fait 32° 🙂

Sur les conseils de Stan à Dakar nous avions prévu d’effectuer un long bord au large avant de bifurquer vers le Saloum. Emportés par les glissades sous spi, nous arrivons finalement bien plus vite que prévu à proximité de la cote. Résultat : nous nous retrouvons dans un véritable « champ de mines », je veux parler du champ de mines des plaisanciers, bien moins dramatiques, mais tout à fait redoutable pour le bateau : les casiers et autres filets des pêcheurs locaux. C’est bien simple, il y en partout où l’on porte le regard. Il nous faut toute notre vigilence à Hervé et à moi, pour nous faufiler dans ce labyrinthe nautique. Nous croisons un nombre incalculable de pirogues, signe que nous traversons un lieu de pêche à 13 milles de la cote. Les fonds ici ne sont pas très profonds.  Certaines s’approchent, qui pour demander des cigarettes, qui pour de l’argent en raison d’une pauvre pêche. On aperçoit des grandes pirogues sur lesquelles une bonne vingtaine d’équipiers armés de gros bras relèvent des filets… l’exercice commence à devenir scabreux, le vent monte à 20/25 nœuds et nous affalons le spi pour mieux slalomer entre les casiers, dont certains, à ras de l’eau ne sont même pas signalés.

Vers 17h30 nous embouquons le chenal du Siné Saloum, qui n’est pas du tout indiqué sur notre carte, mais dont je connaissais l’existence par le fameux Stan. Nous jetons l’ancre à Djifere, un village de pêcheur situé juste après l’embouchure. La mer se calme et nous sommes bien en sécurité. Sur la plage les enfants s’écrient « Toubab, hé toubab ». Pierre-Louis, Jean et Juliette se jettent à l’eau et fond les zouaves sur le paddle. Gros succès.

Le paddle a toujours beaucoup de succès avec les enfants

Hervé débarque alors avec Jean et Juliette juste avant la nuit pour aller observer des lutteurs sur la plage. Au Sénégal la lutte est un sport encore pratiqué entre les villages. Les jeunes s’entrainent consciencieusement presque tous les soirs. Ils sont taillés comme des athlètes, grands, musclés, puissants, bref, beaux comme des dieux dans leur couleur d’ébène, il n’y a pas d’autre mot. S’affrontant à main nus, dans le sable, ils entament leur combat par une sorte de danse, se caressant mutuellement les bras, puis se les tapant comme pour se jauger, et faire monter la pression. Puis le combat commence, et à cet instant, c’est une énergie brute, une fureur explosive qui se déverse, se déploie, se dégage dans les corps des deux adversaires. Le vainqueur est celui qui réussit à faire tomber son adversaire, jusqu’à ce dernier au moins quatre points d’appui au sol.

Jean, fasciné par le spectacle, et entouré d’une nuée d’enfants comme lui, venus nous rejoindre à notre débarquement à la plage, tente sa chance avec un petit garçon qui le met par terre le nez dans le sable. Grosse vexation !
Hervé sagement décline l’affrontement. Les voir danser sur leurs appuis me fait penser à la Capoeira du Brésil. Il y a plusieurs siècles, la culture africaine a traversé l’Atlantique pour le meilleur et pour le pire.

Mercredi 23 octobre

La nuit a été plutôt bonne, nous qui craignions les moustiques. Le vent n’a pas molli, emportant avec lui les nuisibles farceurs. Entre deux baignades nous programmons une séance « école » assez soutenue malgré la chaleur. Il faut aussi quitter notre mouillage, car nous sommes vraiment trop près du rivage. Lolita effleure un sol heureusement sablonneux.

Avec 1.90m de tirant d’eau nous devons quand même rester vigilants. Pour profiter du village de pêcheur nous décidons de passer la journée ici. En descendant sur la plage, nous soulevons une vague d’enthousiasme parmi les nombreux enfants qui s’y ébattent. Le petit garçon qui a battu Jean à la lutte me fait comprendre avec enthousiasme et fierté que c’est lui, du haut de ses trois pommes qui a terrassé notre Jean la veille.
Les jeunes ne parlent pas très bien le français. Je suis contente de me rappeler quelques rudiments de wollof (langue et ethnie principale du Sénégal) que je n’ai jamais oublié depuis mon séjour en 2000 entre Dakar et Casamance. Alors que nous nous dirigeons vers le village, Jean, très à son aise, décide de rester sur la plage avec la cohorte de gamins qui a pris possession de notre ballon.

Les hommes construisent des digues de fortune pour contrer la montée des eaux qui menace le Saloum

Près du village, nous tombons sur Babacar qui très vite nous explique beaucoup de choses intéressantes sur la vie des pêcheurs. Il est lui-même guide touristique en pirogue, mais la saison n’a pas démarré. Sur la plage des dizaines et des dizaines de pirogues sont alignées ; d’autres arrivent encore et le poisson débarque immédiatement. Dorages, lottes, poissons chats, mais aussi coquillages (qui servent à préparer le Tieb’oudienne, le plat national à base de riz et poissons). Il y a même quelques langoustes. La plage est une criée à ciel ouvert, qui ressemble à une fourmilière tant l’activité y est intense. Le poisson est débarqué dans des grands sauts, parfois déposés en tas à même le sable. Les hommes courent, s’agitent. Il y a les acheteurs, qui se précipitent sur les pirogues à peine arrivées, pour y observer la marée. Les porteurs qui chargent sur leurs têtes des caisses entières, remplies à ras-bord, et qu’on devine aussi lourdes que des sacs de ciment. Des femmes, juchées sur des collines de débris de coquillages, concassant au gourdin ces mêmes coquillages. Un homme parcourt la place avec son parlophone antique, pourtant alimenté par un petit panneau solaire.  En arrière-plan, les fumeries, ou les saumures -poissons salés avec du gros sel, dans des espèces d’immenses plateaux d’argile, car une partie du poisson sera conservée sous cette forme. Le reste est embarqué « frais » directement dans des camions d’un autre âge, alignés un peu plus loin à même la plage, signe de l’activité du port.

Avec Pierre-Louis, fascinés par ce spectacle extraordinaire, nous achetons finalement des petites dorades pour le repas du soir.
Je quitte Babacar après lui avoir acheté des petits souvenirs sculptés en bois en remerciement. Pierre-louis prend au passage un cours de négociation, lui qui s’enthousiasme tout haut pour nos achats qu’il trouve très bon marché, je lui explique sous l’œil amusé de Babacar qu’il faut toujours commencer par trouver ça trop cher pour aller vers le juste prix. Babacar approuve !

Hervé qui a commençait à s’inquiéter pour Jean le retrouve en pleine forme sur la plage avec ses amis. Il organise un petit tour en annexe et il peine à refreiner l’enthousiasme de tous ces enfants qui prennent d’assaut l’embarcation.

Jeudi 24 octobre

Cette nuit nous avons été réveillé par … la pluie ! Une bonne grosse pluie d’orage tropicale particulièrement violente. Le temps de fermer les hublots, nous sommes trempés ; toute la famille est sortie du lit par l’averse. Jean accuse la pluie d’être une « brute » et Pierre-Louis la trouve « extravagante » Jean et Juliette, extralucides, se tapent une partie de dobble, il est 4 heures du matin. Nous sommes contents pour le bateau qui a droit à un bon rinçage, mais entre les averses qui suivront et l’impérieuse nécessité d’aérer le bateau dont la température monte vite… La nuit sera quand même bien perturbée. Moi qui me suis couchée tard pour terminer un montage vidéo, j’ai un peu de mal à embrayer avec la classe ce matin. Du reste nous faisons court et efficace ce matin, car nous voulons lever l’ancre pour continuer la découverte du Siné Saloum. Après une petite séquence amusante (pour moi en annexe) de prises de vue et films de LOLITA sous voile, je retrouve l’équipage rouge de transpiration, ils viennent d’enchainer quelques virements et empannage pour les besoins de la postérité !

Commence pour nous une véritable exploration car nous avons finalement assez peu d’informations sur le fleuve, et les lieux de mouillages ne sont pas tous indiqués, la profondeur des eaux demande une vigilance constante. Alors nous improvisons. C’est comme cela que nous nous retrouvons devant un campement de pêcheurs, dans le sud des Iles du Diables. A terre nous descendons pour faire connaissances. Ici on pêche principalement la crevette, en laissant des filets suspendus à des longs bouts de bois et des flotteurs. Vers 3h du matin, c’est la marée (« mer morte ») qui veut ça, ils vont faire la récolte. Nous commandons un 1kg de crevette pour le lendemain !
A terre plus au Sud vers la Gambie nous devinons de sévères orages, des éclairs lacèrent les nuages. Le ciel s’embrasse complètement, nous donnant en spectacle la splendeur d’un coucher de soleil africain.

La nuit tombe vite et nous aussi, nous nous couchons plus tôt depuis notre arrivée en Afrique.

Vendredi 25 octobre

Avant de quitter le campement de pêcheur nous allons faire un petit tour à terre où vivent quelques familles. Les plus petits enfants s’écartent en pleurant, certains n’ont jamais vu de « toubabs », l’endroit n’est pas très touristique. Une femme m’attire à l’écart pour me présenter le grand-père. Le pauvre homme est incapable de marcher. Il s’est cassé le col du fémur, et il n’y a pas vraiment de kiné dans le village pour suivre une rééducation…Plus grave, son autre jambe ne le porte plus non plus, le genou est chaud et il ne peut plus plier la jambe. Je ne suis pas médecin, et leur conseille d’aller à l’hôpital sans tarder… Coumba me demande au passage des médicaments pour dormir, une paire de lunette pour la grand-mère opérée des yeux récemment… Pas facile de tomber juste, nous qui avions pensé embarquer quelques bricoles pour les enfants (cahiers ou jouets). Les besoins sont importants ici. Coumba ne peut cultiver la terre, le puis est à sec, et il en sort de l’eau salé. Le Siné Saloum est un vaste marécage et contrairement à la Casamance, si les gens vivent de la pêche, ils n’ont pas les mêmes ressources naturelles en arbres fruitiers, légumes et palmiers etc. Je goûte les coques et crevettes séchées que la famille met de côté pour se nourrir toute l’année. De nombreuses associations, notamment françaises aident les populations dans le Siné Saloum et nous connaissons plusieurs voiliers engagés avec l’association «Voiles sans Frontières » basée à Lorient qui proposent aux voiliers en voyage d’effectuer des missions humanitaires. Notre projet s’est monté un peu trop tardivement pour envisager une mission mais c’est intéressant car ils connaissent bien les besoins locaux et privilégient une coopération constructive.

Huîtres sauvages au pied des palétuviers

Nous quittons la famille Thior et reprenons la mer, pour rentrer plus au Nord dans un bolong (marigot) et nous arrêtons près d’un village où se mêlent constructions en parpaing, et cases traditionnelles. Sortant de la mangrove, un troupeau de Zébu (vaches à longues cornes) s’engage dans le bras d’un petit bolong, on ne voit que les cornes qui dépassent ! Elles rentrent du pâturage pour retrouver leur abri pour la nuit. Des feux sont allumés pour éloigner les moustiques. Aïe la nuit va être rude. A terre, l’accueil est enthousiaste et les enfants très nombreux à nous entourer. Nous franchissons une digue naturelle constituée d’huîtres concassées (les huîtres sauvages s’accrochent aux palétuviers de la mangrove) et de filets, signe que la montée des eaux menace les îles du Saloum.

L’un des rares hommes du village nous fait visiter la sacro-sainte mosquée ainsi que l’école ! Le maître est malheureusement reparti pour le WE mais une belle écriture au tableau nous rappelle que la rentrée a eu lieu il y a 2 semaines. Il doit avoir fort à faire avec 5 classes réparties entre 2 bâtiments. Et un niveau sonore élevé, en témoigne l’accueil survolté des écoliers qui nous accompagnent bien sûr tout a long de la visite. Notre guide nous installe ensuite sur des chaises et nous discutons entourés d’une nuée d’enfants. Les enfants font les pitres et c’est un langage universel ! Le niveau de français n’est pas très élevé jusqu’à 10 ans, et ils se comprennent surtout dans les mimiques et autres démonstrations clownesques. Nous entamons « Santiano » mais ils préfèrent vraiment le concours de « chiffoumi » des enfants.

Nous rentrons au bateau pour dîner, à l’intérieur dans la fournaise, car le vent est tombé et les bêtes attaquent ! Le système d’eau du bord ne fonctionne plus, nous devons puiser notre eau avec une casserole directement dans le réservoir. Un peu comme au puit. Sauf que dans le village ils n’ont pas de problème de pompe, juste un robinet pour toutes les familles qui viennent remplir leurs gros bidons.

Samedi 26 octobre – Quand les mouettes ont pied, il faut virer !

Ce matin nous devons trancher le débat : nous hésitons entre remonter le fleuve principal du Saloum jusqu’à Foundioune l’une des grosses villes du coin ou bien continuer notre exploration des bolongs jusqu’à Toubakouta, au Sud, proche de la frontière avec la Gambie. Alors que j’arrive enfin à télécharger une météo via l’irridium – nous n’avons absolument aucune connexion internet depuis 4 jours – tout s’oriente vers le choix n°2 qui rime avec aventure et découverte hors des « sentiers battus ». La météo devrait nous permettre de repartir lundi par un autre chemin que celui emprunté à l’aller. Audacieux.
Dans le labyrinthe de la mangrove nous choisissons la voie de l’inconnu et de l’aléatoire même si j’avais repéré l’itinéraire avant avec un connaisseur. A vrai dire, dès le début nous ressentons une petite inquiétude, En effet, nos cartes électroniques nous positionnent parfois sur la terre et à 2 reprises nous effleurons le sable du fond ou rebroussons chemin pour trouver de l’eau saine. Allant jusqu’à sonder le fond en avant du bateau avec notre petite annexe et un fil de plomb. Amusant.
Jusqu’ à ce que tout s’enraye. Alors que je suis à la barre, la quille touche un banc de sable et poussés par le courant, nous n’étalons pas en marche arrière. Je tente une manœuvre un peu désespérée en marche avant, pas mal, le bateau tourne enfin, sauf que… ça nous plante définitivement dans un bon gros banc de sable… Moment de stupeur entre Hervé et moi : ne sommes-nous pas allés trop loin ? n’avons pas joué avec le feu alors que Lolita n’est pas un dériveur capable de moduler son tirant d’eau (partie immergée du bateau jusqu’au fond de la quille) Nous nous gardons bien de commenter à cet instant, car il faut rester dans l’action. Nous tentons toutes sortes de manœuvres avec nos ancres après avoir sorti le mouillage secondaire soigneusement rangé dans un coffre à l’arrière mais c’est peine perdue.


Dans le Saloum, il y a des marées que j’avais pris soin de noter avant de partir. Tant mieux car on n’a aucune connexion internet ! Et il n’y a personne à la ronde. Alors que les enfants ont sur le moment eu une réaction entre agacement et légère panique, ils s’accommodent très vite de la situation. Voyant que je ne suis pas du tout dans le contrôle habituel, ils me réclamant des chips, et comme ça marche, embrayent sur un sirop de grenadine, et enfin le plat dont ils rêvent, une bonne purée jambon (a quoi ça sert de leur préparer de bons tajines !).

Je ne dis pas non car mon esprit est ailleurs…Hervé file sous le bateau, on est bien planté ! La mer descend et nous sommes effectivement échoués dans la vase en lisière d’un banc de sable. Voyons, nous sommes rentrés à marée descendante…alors nous attendrons la marée montante. Entre-temps les enfants qui avaient commencé avec Hervé la fabrication d’un pain maison, reprennent le fil de leur activité, réclament la suite de la recette et continuent leur œuvre…quand je descends dans le carré c’est le carnage. Il a de la levure à moitié renversée, et de la farine partout, les pains sont à moitié pétris, mais les enfants sont satisfaits. Après tout…

Après le déjeuner qui peine à passer, est-ce la purée chaude alors qu’il fait 32,5° ou le simple fait d’avoir eu l’appétit coupé par cette fortune de mer ? Les enfants ne se démontent pas, ils empruntent du sel, un seau et les voilà sur le banc de sable pour une très sérieuse et appliquée séance de pêche à pied.

Pendant ce temps là je remets un peu d’ordre, enfourne les pains et Hervé entame ses travaux sous-marins armés d’un bol du petit déjeuner pour tenter de creuser dans la base afin de dégager au maximum l’hélice et les appendices de Lolita. Je fais un petit repérage autour du bateau utile pour la sortie, et nous récupérons notre ancre principale pour la remouiller dans l’axe du bateau. Hervé se jette une fois de plus à l’eau. Le mouillage secondaire est renvoyé sur le côté. Ensuite, pour soulager l’arrière du bateau qui semble bien enfoncée, nous sortons le contenu de tous nos coffres pour les placer à l’avant. Ce matossage me rappelle les navigations sur mon mini 6.50 ! Là nous portons vers l’avant 2 bidons de 20L de gasoil, un mouillage, une bouteille de plongée, des plombs, etc. environ 200kg de matériel. Généralement les plus purs régatiers vont jusqu’à déplacer leur brosse à dent. Nous n’irons pas jusque-là. Le pain pétris le matin même s’avère très réussi, le goûter est une fête.

Entre deux baignades, les enfants ont ramené un seau de coques : on n’a pas tout perdu ! J’ai croisé une pirogue et convenu d’appeler le pêcheur si besoin d’aide à la marée du matin. Ça fait du bien au moral, nous sommes bien déterminés à nous en sortir et seuls dès ce soir. Même s’il fait nuit. Et rebrousser chemin, car nous avons gardé la trace de notre navigation aller. Quelle histoire. Bon, je cuisine des pâtes aux coques, nous tenterons de sortir vers 20h.  La mer remonte, sur le côté tribord c’est un peu déprimant, mais à bâbord nous avons récupéré une bonne hauteur d’eau. Les coques sont délicieuses avec un peu de crème et des échalotes.

Allons-y, c’est l’heure. Je démarre le moteur, Hervé s’apprête à remonter l’ancre. Je reprends au winch notre ancre secondaire mouillée en travers. Et… Lolita se déhale doucement, sans que l’on ait à mettre les gaz !!!  Génial ! Nous remontons les deux ancres, pas de panique, nous sommes sortis d’affaire et c’est dans la nuit noire que nous rejoignons le village de ce matin, après 1h30 de navigation prudente en suivant la trace dessinée à l’aller sur notre carte électronique. Pierre-Louis est à la nav, Hervé au sondeur et moi à la barre, suivant la route entre les rives des bolons. Jean et Juliette s’endorment dans le cockpit sous les étoiles.

Ouf, l’histoire se termine bien. Un petit punch plus tard nous devisons sur cette journée particulière. Gare à notre excès de confiance ou notre envie d’en faire trop, en bateau cela ne pardonne pas toujours.

Dimanche 27 octobre  anniversaire sous les étoiles

Evénement de la plus haute importance en ce jour : l’anniversaire de Jean. Impossible d’oublier, cela fait plusieurs semaines que son compte à rebours est commencé ! Et comme il a encore du mal à se repérer dans les dates, nous répondons chaque matin à la question « combien de dodos avant mon anniversaire ? » Cela nous sert d’exercice de maths.

A la sortie du bolongs nous retombons sur le fleuve principal du Siné Saloum. Mais la navigation vers Foundioune s’annonce peu engageante, au moteur avec un vent de face assez fort, alors nous changeons les plans pour repartir en sens inverse. Le bonheur n’est pas dans le près 😉 Lolita s’engage (prudemment) peu avant midi dans le marigot de Nandiagne . il y a encore des bancs de sables en travers de notre route. Echaudés par notre mésaventure nous n’osons pas aller plus loin qu’un campement touristique désert. Après un repas de fête, Jean souffle enchanté ses 7 bougies : l’âge de raison ? Hervé fait l’impasse sur le temps calme pour se lancer dans la réparation du système d’eau. Certains tuyaux sont endommagés et offrent une prise d’air coupable de gêner l’amorçage de la pompe. Il a deux motivations à cela : 1. Offrir à l’équipage une bonne douche 2. Il ne peut plus de baigner : une petite plaie de rien du tout vient lui gâcher cette opportunité. Elle a dégénéré en une sérieuse infection qui commence à nous inquiéter. Heureusement à bord nous sommes bien équipés d’une pharmacie sérieuse et assez complète. J’ai l’habitude de m’occuper des pharmacies embarquées, et nos amis Pierrick, Marion et Sonia nous ont bien aidés à la garnir en n’omettant si possible aucune possibilité. Vaste tâche ! C’est généralement le médicament oublié dont on a besoin. Je mets d’emblée mon cher patient sous antibiotiques, et nous soignons la plaie. Toujours pas de réseaux internet, alors il faut se débrouiller !  L’eau douce est revenue dans les tuyaux du bord, et nous célébrons notre chance avec une douche délicieuse.

La nuit claire nous offre l’une de nos plus belles soirées d’observation des étoiles. Un vrai festival d’étoiles filantes !

Lundi 28 octobre

Alors que nous étions décidés à rentrer vers Dakar dans l’après midi nous avons la surprise d’observer un voilier (le 2e seulement depuis notre arrivée dans le Siné Saloum) qui slalome entre les bancs de sable, en arrivant du fond du bolong. Evidemment nous sommes tentés de remonter sur ses traces. Bien nous en prend car nous arrivons en vue d’un autre campement plus animé près du village de Mar Loj. A terre en cette fin de journée la température descend doucement et dans la belle lumière de fin du jour,nous observons toutes sortes d’oiseaux, hérons cendrés, grues, pélicans, qui trouvent dans les marées un havre de paix. Une cloche retentit en provenance du village niché entre baobabs et palmiers, et c’est plutôt surprenant car nous sommes habitués aux appels du muslin dans ce pays à 90% musulman (modérés) Une femme nous confirme que catholiques, musulmans et même animistes se côtoient joyeusement. Nous croisons une famille de Saint Etienne a qui les enfants racontent nos aventures et ils nous invitent gentiment pour l’apéritif dans leur campement.
Retour au bateau où l’état sanitaire des troupes se dégrade : Jean, se coince le doigt méchamment dans un hublot après s’être entaillé peu avant le genou sur des huîtres tandis que l’état d’Hervé peine à se stabiliser. Une consultation par what’s app avec Pierrick, notre ami docteur nous aide à ajuster les soins et nous rassurent un peu. 

Mardi 29 octobre

Nous passons la matinée à terre pour découvrir le village de Mar Loj, son école privée, ses baobabs centenaires, l’église, le marché artisanal. Le lieu semble plutôt touristique à juger par le nombre de Toubabs croisés et les « taxi-calèches » qui proposent de faire le tour de l’Ile. Pour autant, à part des fruits importés du Maroc nous peinons à trouver du frais pour nous ravitailler. Pour la plus grande joie des enfants, c’est une calèche qui nous ramène à travers le marais pour retourner à l’endroit où nous avons laissé l’annexe. 

Portée par un courant généreux, Lolita quitte le mouillage dans l’après-midi pour voguer vers le Saloum et la haute mer. Arriverons à pousser suffisamment au large pour éviter le champ de casier qui se dresse devant nous dès la sortie du chenal ? Oui et non. Lorsque la nuit tombe, nous n’avons pas encore atteint la ligne des 20m de fond, et il reste des obstacles sur le passage. Hervé quitte son poste de vigie à l’avant. Tant pis, on verra bien ! Il me fait remarquer avec un sourire canaille qu’il ne pourrait pas plonger pour dégager un casier de la quille à cause de sa jambe. Je suis ravie à cette éventualité ! Plonger la nuit sous le bateau me fait frissonner de joie…naturellement je plaisante.

Finalement nous atteignons sans encombre une zone plus sûre et faisons route vers Dakar au moteur, en croisant surtout des pirogues « fantômes » qui agitent des lumières à notre passage. Rassurant…

Hervé fait la vigie

Mercredi 30 octobre

Les odeurs de Dakar se perçoivent à plus de 20 milles. Je ne sais pas si c’est la meilleure chose que j’ai humé…Mais au moins on se rapproche. Nous sommes un peu fatigués et les quarts s’enchainent péniblement toutes les 2 heures ; de vrais quarts de veille afin de surveiller les pirogues. Depuis 4h du matin nous avons remis les voiles et le bateau gîte doucement.
Au matin je me fais (difficilement) réveiller par Jean extrêmement excité de m’annoncer que nous avons une grosse dorade coryphène au bout de la ligne ! C’est l’effervescence à bord, les enfants font des bonds tout comme la pauvre dorade qui débat comme une diablesse. A l’issue d’un combat intense le beau poisson est remonté à bord et assommé avec une rasade d’Armagnac 1 m de long, environ 8kg, c’est une belle pièce ! Pas de doute, notre record du bord. Tout l’équipage se félicite ! Hervé d’avoir remis la ligne à l’eau ce matin, Pierre-Louis d’avoir vu que ça mordait, Jean d’avoir reconnu en premier une dorade coryphène, Juliette parce qu’elle voit tout le monde heureux, et moi car nous avons 2 jours de repas frais assuré ! En effet nous pourrons la déguster crue, eu filets ou en steak.

Le petit déjeuner au pain frais pétris du matin même vers 4h30 est un régal, la vie est belle.

Nous retrouvons la baie de Hann vers 13h pour découvrir un peu de changement. Les trois bateaux échoués ont été renfloués pendant les grandes marées du WE et cinq voiliers français ont pris position en face du CVD, chouette un peu d’animation !

Seule mauvaise nouvelle du jour, notre dessalinisateur de fonctionne plus et ça ressemble à un retour à l’usine dont nous nous serions bien passés !

18 réflexions sur “Siné Saloum, entre mer et terre

  1. Rapha

    Que d’aventures dans cette lettre!!! Bravo pour ces recits toujours aussi passionnants et riches! Nirina-alix embrasse son parrain tres fort!!! Les enfants ont construit un catamaran nommé curieusement lolita en kapla tomtec et ils y ont joué la moitié des vacances!! On était un peu dans vos aventures ! Bises à tous. David et rapha & co x 7

    Aimé par 1 personne

  2. ANNE-SOPHIE

    Quel travail vous faites avec ce journal et comme sa lecture nous rend heureux ! Merci, merci, pour ce régal renouvelé. Bravo et bises à vous tous. 😘💕💕💕 Sans oublier un très bon anniversaire à Jean ! 🥳🥰

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  3. Caroline Steinmyller

    Que de belles aventures vous vivez! c’est un vrai plaisir de vous suivre au fil de l’eau ! Bon anniversaire à jean qui se souviendra sûrement longtemps de celui là. Bises à tous, surveillez bien la plaie dûe aux coquilles d’huîtres.
    Caroline

    Aimé par 1 personne

  4. michel

    J’adore l’ėpisode n°23 d’Olaventure! Un vrai roman d’aventure comme j’aime… On decouvre des paysages vraiment différents de chez nous, où habitent des gens vraiment différents de nous, et qui racontent des histoires vraiment différentes des nôtres… (et qui gèrent les déchets vraiment différemment de nous, aussi). Tout éveille notre curiosité dans ce 23eme feuilleton, je d’écroche tout de suite et pars me promener sur les traces de mes cinq amis qui voyagent cette Afrique. Ah! Qu’est-ce que j’aurais aimé relever une ligne avec une belle coryphene, ou bien sorti la quille de Lola plantée dans la vase du fleuve Saloum!
    Mince ! Le lait déborde de la casserole sur la gaziniere. Zut alors… Bon à plus tard , et vivement l’épisode 24.
    Mich p’tit- dej

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    1. Camille Gavériaux

      Extra ! Vous n’avez jamais peur j’oscille entre Theophile Gauthier et Indiana Jones. Mille baisers à vous 5 ! Un câlin au roi Jean et une bonne bière pour le père Hervé diminué. Camille

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  5. Camille Gavériaux

    Extra ! Vous n’avez jamais peur ?J’oscille entre Theophile Gauthier et Indiana Jones. Mille baisers à vous 5 ! Un câlin au roi Jean et une bonne bière pour le père Hervé diminué. Camille

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