Alizés et Harmattan (1ère partie)

Lol n°20

Alors que Lolita a jeté l’ancre ce matin en baie de Hann, à Dakar, Sénégal, nous vous proposons de découvrir (en deux fois car nous sommes très bavards) notre journal de bord. En préambule, sachez que cette navigation de 6 jours a fait le bonheur de l’équipage, heureux de toucher terre mais ravis aussi 1. d’avoir esquivé tout mal de mer 2. Observé dauphins et poissons volants 3. Fait honneur à notre matériel de pêche (non sans quelques péripéties) 4. Effectué ses quarts en t-shirts 5. Avoir glissé toutes voiles dehors sous la pleine lune.

Nous sommes au Sénégal ! Une autre dimension du voyage !

Jeudi 11 octobre

Théoriquement, c’est aujourd’hui que nous avons prévu de dire au revoir aux Canaries, et de mettre les voiles. Ce matin, nous avons dit au revoir à nos voisins de ponton, l’équipage de Laois, le bateau de Bruno, d’Yves et de sa fille Camille, qui filaient sur El Hiéro, et nous étions nous-mêmes dans de bonnes dispositions pour larguer les amarres à notre tour. Mais voilà, le temps de récupérer le génois, en réparation pour une petite déchirure, chez Carlos, un cubain, l’heure est déjà bien avancée, et il est à présent 15h30. Le bateau est encore bien « en vrac » (comme on dit) et le temps de ranger et de nettoyer, nous en avons bien pour une à deux heures. Rapidement la décision est prise. Inutile de nous presser inutilement : nous partirons demain. Nous avons un peu chaud et pas envie de courir au-devant de la dépression orageuse annoncée sur la zone Sénégal/Cap Vert ; l’inconvénient c’est de payer une nouvelle nuit au port. Il y avait une alternative en faisant cap vers El Hierro, l’Ile la plus au Sud de l’Archipel des Canaries. Mais c’est un coup à ne jamais aller au Sénégal !

Les enfants sont ravis de notre projet, et se préparent pour la plage et un beach rugby.
C’est sans compter notre proposition (ferme) de grimper en haut de la montagne qui fait face à San Sebastian. Et pourtant, ils marchent comme des cabris ! Balade d’abord, goûter et baignade.
Dernière nuit à San Sébastian, nous passons une bonne partie de la soirée à ranger et nettoyer le bord. Après une semaine d’escale, Lolita ressemble à une véritable caserne d’Ali Baba. Entre les fournitures scolaires disséminées un peu partout, les souvenirs récoltés (bouts de boit, coquillage) et le sable noir répandu méthodiquement partout dans le bateau, il y a de quoi faire. Mais cette fois nous sommes prêts.

Départ de la Gomera

Vendredi 12 octobre

Les pontons clairsemés nous permettent une manœuvre facile ! Ces manœuvres de port occasionnent toujours un léger « stress » même si Lolita réagit bien, elle n’a pas le propulseur d’étrave installé sur les bateaux modernes et qui pardonnent les approximations. L’équipage de Coco Bongo vient nous saluer, ils filent eux vers El Hierro et retardent leur départ au Cap Vert où la méchante dépression qui doit passer par Dakar va s’installer pendant 3 jours.

Départ en fin de matinée sous le soleil dans un tout petit vent de travers, mais qui nous permet de démarrer en douceur et sous voile. Tout l’équipage réagit avec plaisir d’autant que personne ne ressent le mal de mer. Pour une fois que ça glisse sans houle croisée de l’arrière !

J’installe le spi dans sa chaussette, ça ne marche pas trop mal, son guindant est trop long alors la chaussette permet de réduire la distance entre le point de tête et l’écoute. C’est à Jeanne Grégoire, figariste émérite que nous devons ce spi logotisé « Banque Populaire » J’ai mission de le lui ramener si possible alors nous en prenons soin.
Vers 16h30 il faut se résoudre à mettre le moteur, le vent est trop faible. Mais avant cela, nous sacrifions à la « sacro-sainte baignade en pleine mer », dont raffolent les enfants, enfin surtout Pierre-Louis et Jean, Juliette quant à elle, bien que prête et enthousiaste comme les autres quelques minutes avant l’échéance, se rétracte au dernier moment, par peur des requins… La mauvaise réputation de ces pauvres bêtes, en réalité inoffensives la plupart du temps, est bien tenace, et malgré nos propos rassurants, et notre encouragements insistants, rien à faire, la petite rebelle se contentera de nous regarder, avec un mélange d’envie et de crainte, depuis le balcon arrière de Lolita.

La baignade est terminée. Place au broum broum de notre bon vieux bourrin ! Même si nous l’aimons bien, et qu’il nous rend de fiers services, quand il est en route, surtout sur des temps de navigation, on ne peut pas s’empêcher de le maudire. Bruit, odeur, chaleur, il est vrai qu’on est mieux sous voile. Nous l’éteindrons le lendemain à l’aube. La nuit est fraîche et nous nous relayons avec Hervé avec des quarts de 3h.

Samedi 13 octobre

Réveil en fanfare, tout le monde a bien dormi (sauf nous). Le temps est magnifique, il fait beau et chaud, et les Alizés de Nord Est sont bien installés. Nous filons à bonne allure, sur une mer plate et magnifique, le long des côtes du Maroc, Sahara occidental. Bientôt la latitude de Dhakla (prononcez darla), paradis bien connu des kytesurfeurs, que nous espérons visiter un jour.

Comme les conditions s’y prêtent nous tentons un peu d’instruction à bord… Mais nous n’insistons pas sur le côté scolaire et passons aux jeux (je pêche 4 poissons, 2 retombent à l’eau, combien en reste-t-il ? ) Naturellement ca se corse pour Pierre-Louis (sachant qu’il nous reste 680 milles à parcourir à la vitesse de 6 nœuds à qu’elle heure arriverons nous à Dakar ?) Mais surtout  quel est l’âge du capitaine ? Si les manuels scolaires restent dans leur boîte nous parvenons à sortir ceux de catéchisme. Un peu de dessin et la confection d’un drapeau du Sénégal viennent également distraire la troupe.

La nuit s’annonce encore fraîche. Si le ciré n’a plus reparu depuis longtemps, nous devons quand même nous vêtir encore de polaires et pantalons chauds

Dimanche 14 octobre – épreuve de saut d’obstacles et ballet de dauphins

Le vent a soufflé toute la nuit. 30 puis 35 nœuds. Nous avons mis deux ris dans la grand-voile, et avons enroulé le génois. Lolita chevauche la mer comme si elle se trouvait dans une épreuve de sauts d’obstacles. Les vagues, de deux à trois mètres, arrivent de l’arrière. Avançant plus vite que le bateau, comme des chevaux au galop, elles semblent nous poursuivre sans relâche, et dans une frénésie farouche, nous soulever de toute leur hauteur, de toute leur puissance. Parfois, en déferlant sur notre poupe, dans un flot d’écume blanche et un vacarme ahurissant, c’est comme si elles trébuchaient et s’écrasaient au sol de tout leur poids.

Sur Lolita, nous sommes comme des spectateurs de l’épreuve, hypnotisés par ce spectacle saisissant. On vibre à chaque saut, on frémit à chaque chute. Bientôt, les heures passant, le vent se calme. Les chutes se font moins nombreuses, les obstacles moins haut. La mer semble fatiguée de cette épreuve sans fin. Un cavalier invisible semble freiner l’ardeur de sa monture, stopper ses sauts et ses vagues, calmer sa houle et son galop.

Sur Lolita, on reprend notre souffle. Le déjeuner est le bienvenu. Aucun malade à déplorer !

Après le concours hippique du matin, l’après-midi nous réserve un nouveau spectacle : Des dauphins par dizaine, qui sautent, zigzaguent, accélèrent, se retournent, sautent encore, se retournent, ré-accélèrent. Le ballet est magique et le spectacle dure des heures. Ils sont des dizaines, et semblent danser autours de Lolita. Il y a là des mères et leurs petits, des jeunes plus audacieux, des plus tranquilles, suivant la poupe de Lolita.

Les enfants exultent ! Ce ne sont que cris de joie et exclamations béates : « là, il y en a un qui vient de faire un saut ! » « O encore un autre ! » « ouaaaaah ». Le niveau sonore est à son comble, et les décibels donnent à fond dans les aigus. Les dauphins seraient-ils attirés par les cris d’enfants ? ce serait à étudier scientifiquement, mais si c’est le cas, je comprendrai mieux pourquoi ils sont si nombreux autours de Lolita !

Lundi 15 octobre

Surprise, le ciel est gris et le ciel voilé, voilà bien longtemps que nous n’avions pas connu cela ! Aujourd’hui nous déployons le bimini (la Capote du cockpit) pour nous protéger de quelques gouttes. Le spi tenterait bien une sortie mais nous préférons tangonner le génois car le vent oscille pas mal en direction. L’allure est finalement au grand largue, le vent vient de l’arrière mais pas trop, si bien que Lolita se cale bien et bouge peu. Une allure très agréable ! Nous pouvons tenter de faire un peu de classe, ou jouer en famille (ou en se relayant, car nous récupérons aussi de nos nuits avec une petite sieste en journée). Un dessin animé vient aussi parfois faire le bonheur de notre plus grand fan de cinéma, Jean. Notre ami Gilles nous a offert un disque dur plein de films avant de partir. Et si nous n’avons-nous les parents- pas eu le temps de les découvrir, les enfants ont déjà entamé la collection de nouveaux dessins animés.

Le soir le vent s’est nettement installé à plus de 20 nœuds et nous prenons un ris avant la nuit. Il est bien chaud ce vent. Ne serait-ce pas l’Harmattan ? ce vent du désert, puisque nous croisons au large de la Mauritanie ? Pour les quarts de nuit, nous remisons vestes et pantalons. C’est assez bon de sortir en t-shirt sur le pont à minuit. Mais la température a augmenté aussi dans le bateau.

3 réflexions sur “Alizés et Harmattan (1ère partie)

  1. Joli journal de bord qui nous fait voyager une nouvelle fois avec vous. Moments magiques en mer, inoubliables, précieux…
    Nous ne faisions pas école en navigation, c’était un autre moment, une pause, ce qui n’a pas empêché d’avoir fini les programmes scolaires en mai…
    Savourez, dégustez… on vous suit avec grand plaisir !
    À bientôt avec d’autres de vos nouvelles
    On vous embrasse
    L’équipage de Chintouna

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  2. EMMANUELLE BERTHE

    Wahoooouuuuuuuuuuu …………… Le Sénégal !!! Quelle étape !
    Et quelle belle traversée avec vos compagnons les dauphins !
    Je voous embrasse
    A très bientôt
    Manue

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  3. nolleetjeanlouis

    Les dauphins!
    Toujours occasions d’émerveillement, à voir leur vitesse et leurs sauts , et aussi d’interrogation: quel instinct leur fait fréquenter aussi assidument les humains et leurs bateaux?
    Affections,
    Noëlle et JL

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