Ténérife, la beauté volcanique

LOL n° 17 Lundi 24 septembre

Il nous aura suffit de 24h pour rallier Ténérife, la plus grande Ile des Canaries que l’on aborde par la ville de Santa Cruz, son port de commerce, ses ferries Costa, et trois marinas réparties le long du littoral. Nous sommes installés pour quelques jours à la Marina Santa Cruz. Cela faisait bien deux semaines que nous n’avions pas bricolé sur Lolita, mais une petite joblist nous rappelle qu’il faut songer dès maintenant à préparer notre monture pour ses futures (et longues) traversées. Ténérife est dotée de shipchandlers, quincailleries, mais aussi de toutes les enseignes modernes européennes (Leroy Merlin, Décathlon, Carrefour… et même deux Ikéa !) Ce qui n’est pas dépaysant mais bien pratique tout de même pour améliorer notre petit confort (un sommier à lattes !), compléter l’équipement de nos randonneurs en herbe, remplir la cambuse d’un avitaillement varié et trouver un peu d’accastillage pour le bateau.

En quittant la Graciosa
Gym en navigation, tout en écoutant des histoires

A peine arrivés, nos sympathiques voisins de ponton s’empressent de transmettre une bonne nouvelle pour la vie sociale de nos enfants : un catamaran français, Kaé, vient d’arriver de Fuerteventura (l’île située au sud est des Canaries) avec une famille à bord, dont deux enfants de l’âge des nôtres ou presque. Pierre-Louis, Jean et Juliette accrochent immédiatement avec Emile et Eglantine. Les parents, Olivier et Mathilde, nous précisent qu’ils sont partis depuis deux ans de Lorient !

Les journées dès lors s’organisent autour de session d’école partagées, de sorties l’après-midi (l’un des parents pour les enfants, l’autre pour le bateau), et de soirées pyjama inter-bateaux le soir (Juliette à Eglantine : « Tu viens dormir ce soir ce sera trop chouette, et demain ce sera moi sur le tiens ! d’accord ? » « D’accord, fait Eglantine, qui, c’est bien pratique, n’est pas une petite fille trop compliquée ! ». En plus, comble du bonheur, tous les parents sont d’accords, et c’est parti pour la grande aventure « j’irai dormir chez mes voisins ! »).

Avec les amis de Kaé dans les piscines de Cesar Manrique

Ténérife ne nous a pas encore révélé tous ses secrets à ce stade, à part les bonnes adresses de shipchandlers (magasin de fournitures pour les bateaux), les parcs du centre-ville où s’organisent parties de cache-cache et matchs de rugby-touch ; sans oublier les piscines naturelles de César Manrique (l’artiste à qui Lanzarote doit sa particularité). Car s’il n’y a pas de plage de sable blanc dans cette partie de l’Ile il y a toujours une solution pour aller se baigner.

Vendredi 27 septembre, « promenons-nous dans les bois… »

Après un peu d’école et une matinée interminable à changer les charnières de nos coffres de cockpit (épisode 2, le coffre bâbord et la baille à mouillage) nous filons en voiture pour un programme qui va quelque peu s’improviser comme toujours, avec néanmoins, une réservation faite pour l’ascension en téléphérique du volcan Teide le lendemain. Après une petite visite à La Orotava, un village au passé colonial qui laisse un bel héritage de façades colorées, portes en bois monumentales et balcons ciselés d’arabesques en bois ou ferronneries d’art, nous mettons le cap sur le parc du Teide, avec l’idée d’aller y planter nos tentes et de faire marcher notre réchaud !

Cherchez Juliette

Si Tenerife déploie une offre incomparable en termes d’hôtels et de maisons d’hôtes, sur le plan camping en revanche, c’est pauvre ! Nous repérons un lieu indiqué comme un parc de loisirs sur la route du Teide. Chargé comme des mules, notre voiture (une petite clio) débordant  d’affaires (tentes, duvets, matelas, batteries de cuisine, courses alimentaires sur les genous), nous nous engagerons sur la route sinueuse. A mesure que la voiture gagne en altitude, notre confiance s’effrite et les idées sombres (celles d’une retraite anticipée sur Lolita) s’abattent sur nous, comme la couche de brouillard que nous transperçons à peine mais nous glace la tête. C’est à ce moment que je suis prise d’un doute : ai-je bien chargé les 5 sacs de couchages ? Car on sent bien que la nuit ne serait pas joyeuse en nuisette à la belle étoile. Bon, Santa Cruz et Lolita ne sont qu’à 50km mais ce serait dommage de devoir renoncer. Dans la voiture, les cris se calment, les enfants sentent quand les parents doutent, alors nous nous reprenons… Arrivés sur l’aire de « récréation » un vaste cirque ceinturé de rangées de barbecue, d’une aire de jeux et de toilettes fermées, nous cherchons en vain l’aire de camping. C’est un peu plus haut dans les bois, dans la brume et presque déjà le crépuscule, que nous trouvons la pancarte indiquant l’aire de camping. Voie limite praticable en voiture, nous nous engageons. Personne à la ronde, à part quelques éclats de voix venant du parc.

Pierre-Louis trouve ça tout à coup « nul », Juliette se demande où sont les gens et Jean, plus prosaïque, ce qu’on aura à manger, et où se trouve la piscine. Ça ne correspond pas exactement à l’idée qu’ils avaient (et connaissaient) du camping ! J’explique qu’il y a camping, et camping. Et que le terme « sauvage » ne doit pas les effrayer bien au contraire. D’ailleurs l’entrain d’Hervé et surtout le succès dans sa tentative de faire du feu sans papier ou allume-feu fait remonter le moral des troupes. Nous nous empressons de monter les tentes (vive les tentes Décathlon !), alors que cette fois la nuit est franchement tombée, et après une bonne plâtrée de pâtes, nous entamons une veillée en chansons et autres blagues qui achève de persuader notre petit monde que nous vivons un moment extra-ordinaire. Dans la nuit noire, nous fermons les tentes, un parent par tente quand même pour rassurer tout le monde et sous les grand sapins le campement s’endort. Sauf moi qui entends les chiens au loin (ils se rapprochent non ? ), puis des bruits de pas (ah non c’est le double toit qui frotte) et sens le froid m’envahir (le 5e duvet était bien à bord, mais la température « confort » un peu loin de la réalité)…

Samedi 28 septembre, à l’assaut du Teide ?

Au réveil, les enfants ravis, les dos des parents un peu moins, nous avons la surprise de découvrir notre campement de jour et sans brouillard. Le moral est bon, et nous remballons le matériel pour nous rendre dans le Parc du volcan Teide. Inutile de vous décrire l’état de saleté des enfants : avec le feu et la poussière, ils ressemblent plus aux petits ramoneurs de Mary Poppin’s qu’aux triplés en Cyrillus. Entre nous, on préfère des triplés couverts de suie (même c’est parfois pénible côté lessive) !

En voiture donc ! Ca sent le feu de bois et la banane écrasée, un doux fumet de camping ! Sous un soleil étincelant, un ciel d’azur, aux détours d’un virage, le célèbre volcan apparait sous nos yeux, cône majestueux, pic souverain dressé vers le ciel. Le guide n’avait pas menti, le paysage est vraiment exceptionnel. Le téléphérique est malheureusement fermé pour cause de vent. Hervé, reluquant le sommet avec envie, est naturellement démangé par l’idée d’y grimper à la force des mollets. Mais 3700 mètres avec nos trois enfants, il y a des moments où c’est bien d’être audacieux, c’est mieux d’être raisonnable ! Après un arrêt au centre des visiteurs pour repérer les chemins et découvrir le petit musée sur l’histoire du volcan (avec un film très bien fait !), nous roulons dans ce décor lunaire du volcan (cratères, champs de lave, formations géologiques étonnantes), et nous arrêtons finalement pour une marche au départ d’un point de vue remarquable. Nous nous retrouvons dans une nuée de touristes (tous ceux qui comme nous sont privés d’ascension en téléphérique), mais (faut il s’en réjouir ou s’en attrister ?), deux cent mètres plus loin, nous voici quasiment seuls et nous découvrons les contreforts du volcan. Il subsiste des différentes éruptions des coulées de lave noire qui pour certaines se sont faufilées entre les roches. Roches dont l’érosion nous offre un splendide spectacle de sculpture variées. L’un de celles-ci porte le nom de Cathédrale, et l’on conçoit fort bien le plaisir des alpinistes à l’escalader. D’ailleurs nous croisons 2 français équipés de cordes et pitons.

De retour à la voiture nous discutons de la suite. Hervé a la tentation folle de tenter l’ascension du Pico Viejo, le volcan voisin du Teide ) 3134, c’est vraiment tentant il nous semble à portée de… mais l’heure tourne, et c’est encore le genre de projets qui se tente à deux. Nous n’avons pas encore de logement pour la nuit ni d’idée précise de la suite, sauf à se rendre dans le Parc du Teno, un parc protégé de l’Ile (il y 3 parcs sur l’Ile : le Teide, l’Anaga au Nord Est et le Teno) La route qui part de Santiago del Teide s’annonce étroite et sinueuse. Demi-tour pour de ravitailler à Santiago, on sent que la région où nous nous rendons va être de type « reculée » Nous atteignons le premier col (sans croiser d’autocar, ouf) et c’est le choc ! La vision des murailles tombant dans la mer me fait penser à l’Ile de La Réunion et ses cirques vertigineux. Ces falaises monumentales portent le nom de LOS GIGANTES. Belle surprise et ambiance concentrée dans la voiture, la route étroite et sinueuse nous donne des petits frissons.

Sur le téléphone nous avons localisé un emplacement de camping à Los Pedrogales, dans une vallée plus souriante que ses voisines. Il y a là-bas également plusieurs départs de randonnée. Ce ne sera pas aussi sauvage que la veille, mais reste assez « nature » : pas d’accueil, une seule toilette, le reste est en travaux ; étagés en terrasse comme les cultures de la région, les emplacements sont parfaits, et les coins repas sous les palmiers équipés de barbecue mais surtout d’un point d’eau. Nous avons des voisins, mais chacun à son étage. Après une petite paëlla confectionnée au réchaud à gaz, ma foi assez réussie, une toilette rapide dans l’un des lavabos en pierre, tout le monde au lit ! Je constate avec plaisir que la nuit s’annonce plus chaude que la veille. Au matin, surprise, nous découvrons la vue sur le volcan Teide ! Un petit point boussole s’impose pour se repérer. La randonnée du jour, une boucle à flanc de montagne dans le parc du Teno nous offrira un point de vue quasiment permanent sur le Teide et son voisin Pico Viejo. Nous retrouvons aussi Los Gigantes, les fameuses falaises tombant dans la mer. Au loin se dessine l’Ile de la Gomera. Le dévent de Ténérife se voit nettement sur la mer, et on a l’impression d’apercevoir des animaux dans l’eau. Le détroit entre les Iles est justement connu pour l’observation des cétacés.

Les enfants marchent bien, environ 4 à 5h, même si le choix de l’arrêt pique-nique est important dans le timing. Le retour dans la vallée me donne l’occasion avec Juliette, qui termine au pas de la tortue, de « glaner » des figues, citrons verts, raisins et pommes dont les arbres bordent le chemin. Retour en bord de mer pour la grande joie de tous, à la perspective d’une bonne baignade. Nous trouvons le bonheur à Garachico, en plongeant dans les piscines naturelles taillées dans les rochers, et parcourons la ville, elle aussi empreinte d’un passé colonial et joliment apprêtée. L’étape semble plutôt courue au regard des hôtels et nous pensons n’avoir aucun mal à trouver un petit restaurant qui conclura notre week-end. Erreur !  Tout est fermé en ce dimanche soir, déception dans les rangs, mais c’est en prenant un petit rafraichissement au comptoir d’un bar local que nous comprenons mieux les raisons de la nuit qui s’abat précocement sur la ville : un black-out géant d’électricité sur toute l’Ile ! Autant vous dire que l’après-midi a été compliquée à Ténérife. Le barman dépité conclue : « au 21e siècle c’est quand même pitié »

Nous rentrons donc rapidement à Santa Cruz retrouver Lolita, en constatant un léger encombrement dans les rares stations éclairées de l’Ile, les seules probablement à servir des sandwichs chauds !

Dans les piscines de Garachico

Lundi 30 septembre : avitaillement

C’est théoriquement notre dernier jour à Ténérife et le moment de faire les dernières courses. On peut même carrément parler d’avitaillement de masse, tant le carré semble encombré de milles choses. L’occasion de ranger et réaffecter certains coffres, voire de renvoyer en France quelques articles inutiles. La place est chère à bord. Ce qui reste pourtant mystérieux c’est que tout finit par trouver une place. J’ai profité de la voiture pour aller faire les courses tandis qu’Hervé préparait tant bien que mal le bateau tout en étendant trois lessives. Aujourd’hui, c’est plutôt Pierre-Louis qui a fait la classe à Jean et Juliette.

Une journée efficace, où nous avons aussi dégoté les fameuses liseuses dont je parlais précédemment et un peu de confort pour notre literie.

Je disais plus haut théoriquement car c’était avant de demander au bureau de la marina où se trouvait le ponton avec la pompe à gasoil… nulle part car ils font venir spécialement un camion. Génial mais quand ? Manana (prononcez maniana en espagnol, c’est-à-dire, demain, un jour quoi)

Et le lendemain midi va se transformer en soirée. Si bien qu’à l’heure où je termine cette chronique, nous sommes mardi et je m’apprête à prendre le bus pour la plage afin d’y rafraichir nos petits tandis qu’Hervé attend la venue du camion qu’il serait dommage de rater. C’est toujours comme cela en bateau : on prend son temps, jusqu’à ce que l’envie de repartir vous reprenne d’un coup, et alors l’attente se fait impatience, grandissante à mesure des heures qui séparent les adieux au ponton.

Cela dit, nous découvrons une richesse des Canaries que nous avions un peu « snobées » dans notre projection du voyage. Nous pourrions y rester bien plus longtemps et remettre en cause notre escale sénégalaise si nous n’avions pas une grosse motivation pour le détour par l’Afrique Noire.

Départ demain matin tôt pour l’Ile de la Gomera, à 65milles à l’Ouest de Ténérife. Avec un arrêt en option à Garachico (Ténérife) si le temps s’y prête afin d’observer les baleines le lendemain.

9 réflexions sur “Ténérife, la beauté volcanique

  1. Bernard de Ravignan

    Hello les amis si vous allez à Dakar nous avons un fiston qui y habite Quentin sa douce Louise et leur petite Leonie ce serait drôle si vous les rencontrez nous y serons du 30 octobre au 10 novembre peut être pourrions-nous nous voir ce serait super Bises à vous tous Benny et Jeanne

    Envoyé de mon iPhone

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  2. Huet

    Salut la famille Olagne
    Cette aventure a l’air bien top. Merci de partager ces beaux moments qui nous permettent de voyager un peu de notre salon Lorientais.
    Bon vent.!

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  3. ANNE-SOPHIE

    Merci, merci, de tout ce temps passé à rédiger vos récits ! C’est très généreux de votre part. Mais ce n’est pas du temps perdu, car vous nous régalez. Un bonheur, toujours que de vous lire et de voir vos photos. Bises en pagaille.

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