Entre Lisbonne et Agadir, l’aventure continue

Coucher de soleil en quittant Lisbonne, un beau cadeau

LOL n° 13 Samedi 7 septembre

Je me pince pour y croire. Voici un mois que nous avons quitté Lorient, mis les voiles, que nous sommes partis en voyage. Par quel miracle en quelques semaines, la chose est devenue possible, alors que mi-juin, nous n’avions ni bateau, ni idée précise de l’itinéraire, et que la cadence effrénée du quotidien (se lever, vite vite déjeuner, vite vite s’habiller, vite vite partir à l’école, vite vite ne pas louper son train, vite vite finir ce dossier urgent, vite vite aller faire les courses, etc. etc.) nous accaparait encore presque totalement, réduisant à peau de chagrin notre temps de préparation ?

Aujourd’hui, à l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes en mer, au large des côtes marocaines. Et pour le coup, le temps est long et prend son temps. C’est l’heure de mon quart et je veille, dans la nuit profonde au noir d’encre, sur la bonne marche de Lolita, scrutant la route des cargos et la présence des pêcheurs alentours. La mer est calme, l’air est doux, mais la couverture nuageuse épaisse, a transformé mer et ciel en un vaste trou noir, une ambiance de fin du monde.

Et justement, je repense à ce temps de préparation expresse, à ce mois de juillet complètement fou, pendant lequel nous avons préparé Lolita et tout notre voyage. Par quel miracle, disais-je, avons-nous réussi ce tour de force ? Outre quelques veillées tardives, Caroline et moi, dans notre petit QG de la rue du Parco, le miracle, il se résume aux amis incroyables que nous avons à Lorient, qui à partir du jour où l’on a récupéré Lolita, sont devenus nos véritables génies, comme si « frottés » à l’audace de notre projet, ils étaient sortis de notre théière magique, comme le bon génie de celle d’Aladin ! A l’image de Michel « Mich p’tit déj », qui débarque un vendredi avec sa caisse d’électricien et nous consacre toute sa journée à vérifier connexions, disjoncteurs, interrupteurs ; à celle de Germain (prononcez « Magic Germain»), alors que sa femme Marion, est sur le point d’accoucher, se lance dans le nettoyage-graissage-remontage intégral des 7 winches de Lolita ; de Pierrick qui, malgré un dos en compote, ne cesse de nous dépanner (moteur, pharmacie, safran), du « commando AIPEK » (les parents d’élèves de Keroman, une équipe de choc !), qui nous aide à enlever le gouvernail, de Virginie et Laurent, qui, non contents de remplir leur garage de nos affaires (vélo, voiles et poussette), se lancent dans le raccommodage des coussins et la confection de la housse d’annexe ; de Thomas, qui nous met sur pied un partenariat avec la société Nautix, son employeur (peintures de bateau), d’Hugues et Aude et leurs moussaillons, toujours prêts à filer un coup de main et à briquer le pont, de JB « monsieur Festool » dont la ponceuse magique m’a fait gagner de précieuses journées, etc. etc. j’en oublie bien sûr, ils me pardonneront, tous ces amis, rassemblés le jour de notre petite fête du 20 juillet chantant en cœur, sur l’air de la chanson « Lola », de Renaud, « Lolita …, une merveille amicale. Bref, ce soir, alors que la nuit est noire et que les paupières se font lourdes, c’est à vous tous les copains, que nous repensons (Hervé dans le noir de son quart de nuit, et Caro depuis la profondeur de ses rêves), avec le sourire aux lèvres, et une reconnaissance énorme ! Mais j’oublie les plus important, la crème de la crème, les fondations, sur lesquelles tout repose : nos parents, Marc et Véronique d’une part et Béatrice, d’autre part, qui sans sourciller, nous ont gardé nos petits tout ce temps de la préparation, nous laissant les coudées franches pour nous consacrer entièrement à nos préparatifs. Sans eux, nous serions encore à Lorient à l’heure qu’il est. Qu’ils soient ici autant remerciés qu’embrassés !

A force de laisser mon esprit divaguer dans ces souvenirs exaltants, j’en oublie mon quart de nuit. Je viens de me faire une belle poussée d’adrénaline, en découvrant dans mon étrave une bouée lumineuse flashante que j’avais prise initialement pour un éclair d’orage au loin. En fait d’une bouée, elles sont cinq, étalées en ligne à intervalle régulier. Grand coup de barre à bâbord, j’évite la collision de peu. Par prudence, je décide de contourner l’obstacle par l’ouest, déviant mon cap de 90 degrés. J’ignore complètement de quoi il s’agit. Dés bouées signalisant un filet dérivant ? des casiers ? Des bouées d’étude météorologiques ou océanographiques ? Une chose est certaine, elles ne sont pas signalées sur la carte, et je les ai évitées de peu.

A l’intérieur de Lolita, tout le monde dort. Jean et Juliette ont élu domicile dans le carré ; ils dorment comme des bienheureux, prenant dans leur sommeil des positions aussi comiques qu’alambiquées (diva d’opéra, soldat mort au front, héros de barricade, muse au cœur brisée) et je ne me lasse pas de les regarder, comme je les regardais, émerveillé, dans leur couffin lorsqu’ils étaient bébés. Bonheur. Caroline s’est installée à l’avant pour échapper au bruit du moteur, et Pierre-Louis occupe sa cabine, comme un ours solitaire sa tanière, bien tapi au fond des bois.

Cela fait trois jours que nous avons quitté Lisbonne. C’est désormais notre plus longue navigation depuis le Golfe de Gascogne, et c’est une réelle satisfaction de voir à quel point chacun (enfants, comme parents) s’est adapté au bateau et à la vie en mer. En premier lieu, et c’est un profond soulagement, aucun de nous cinq n’a ressenti un quelconque mal de mer. Après les premières navigations, et notamment la dernière entre la Galice et Lisbonne, nous craignions pour Pierre-Louis, et dans une moindre mesure pour Jean. Mais Caroline a anticipé la chose, en administrant à chacun de nos trois moussaillons une potion magique anti mal de mer.

Preuve que les estomacs sont mieux accrochés, les pâtissiers reprennent du service

Deuxième constat : Le rythme s’est installé naturellement. Les « Quand est ce qu’on arrive ? » incessants des premiers bords ont disparu, et laissent place à d’autres questions plus routinières : « tu me lis une histoire ? tu joues avec moi ? La palme restant néanmoins solidement occupée par l’indétrônable : « Qu’est-ce qu’on mange » et sa variante « quand est ce qu’on mange ? ».

Troisième constatation : les enfants s’intéressent aux choses nouvelles. L’observation des étoiles donne notamment lieu à de véritables perles, ourlées généralement par Jean ou Juliette : la Grande Ourse, qui comme chacun sait ressemble à une grande casserole, est devenue la « poêle à frire » et l’étoile du Berger, dans la petite Ourse, « l’étoile du Verger dans la petite mousse ».. Quant à Jean de la Lune, il ferait bien de se montrer s’il ne veut pas perdre son statut de héros de premier voyageur lunaire, et les anges de descendre de temps en temps de leur étoile filante  pour venir papoter un peu sur Lolita…

L’un des rêves de Pierre-Louis exaucé !

Bref, la vie en mer, avec son temps suspendu, son sol mouvant, son horizon déroutant, nous apporte son lot de merveilles. Deux fois par jours, afin de casser la monotonie de la navigation, et surtout pour satisfaire le désir irrépressible des enfants (tant d’eau autour de nous et ne pas nous baigner ? mais vous n’y pensez pas !!), nous affalons les voiles, stoppons la marche du bateau, descendons l’échelle de bain, jetons deux bouts dans l’eau, et… plouf, tout le monde à l’eau ! Lolita roule d’un côté à l’autre, nous nageons dans la houle immense, et les vagues incessantes, et le bleu abyssal des profondeurs. Piscine infinie, hors du temps, sans fond et sans bord. C’est irréel. Pour les enfants, c’est une découverte, mais passé l’appréhension des premières fois, c’est devenu un rituel, une sorte de messe en pleine air. Dimanche, alors que le vent est aux abonnés absents, que la mer est d’huile, et que nous venons de terminer notre baignade, Pierre-Louis s’exclame soudainement « dauphins, dauphins », et effectivement, 4 ou 5 dauphins s’approchent de Lolita. Aussitôt, je saisis un masque et un tuba et retourne à l’eau. L’instant est fugace, ne dure que quelques secondes, mais ils sont là devant moi, comme dans un film : j’ai nagé avec des dauphins.

Coucher de soleil, mer calme, moteur, le ciel se couvre

Dernière nuit en mer. Si tout va bien, nous toucherons terre demain matin à Agadir. Pour l’occasion, nous faisons une petite veillée à bord. Caro sort son livre de chant, on entonne « Santiano », « les copains d’abord », puis petits contes, et enfin concours de blagues remporté haut la main par Pierre Louis (une semaine de classe de mer en juin et en colo en juillet lui ont permis d’en constituer un stock conséquent !) Nous finissons par la prière du soir, pour remercier de la chance que nous avons. Oui une chance exceptionnelle de vivre cette expérience hors du temps. Les enfants se couchent, Caro prend son quart, il faut rester vigilent jusqu’au bout car la mer est peuplée d’occupants, des pêcheurs d’Essaouira, Safi et Agadir, plus ou moins éclairés et sans système AIS. Demain nous entrerons au Maroc !

7 réflexions sur “Entre Lisbonne et Agadir, l’aventure continue

  1. EMMANUELLE BERTHE

    Tjs un vrai plaisir de voyager avec vous…UN vrai régal !!! Portugal , Maroc des destinations qui font rêver !!! Et quel talent pour l’écriture !!!
    Je vous embrasse les enfants et les parents
    Manue

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  2. Alice et Nicolas

    Merci de nous faire partager cette belle aventure. Ca nous donne envie a nous aussi de sortir du temps. Au plaisir d’en passer bientot avec vous.
    Bises a tous les 5.

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  3. Mich P'tit-déj

    Vendredi soir, je cherche un bouquin pour m’éloigner des tracas de la semaine. Rien sous le coude, je me connecte sur la toile (après avoir interdit à   Clara d’y aller, 5mn auparavant ). Je saisi Olaventure, et là,  la première page du blog fait son effet. La magie des mots et des histoires me transporte ailleurs… Lolita avait inspiré les copines et copains musiciens Lorientais : Lola de Renaud. Cette chronique du 13 septembre, me rappelle la chanson de Nino Ferrer, Le Sud:
    C’est bateau qui ressemble à la Louisiane, à l’Italie (pas celle de Salvini)
    Y’ trois enfants allongés sur le pont,  et c’est joli
    On dirait le Sud, l’été dure longtemps
    Et la vie sûrement plus d’un million d’années,  et toujours en été…
    Caro, Hervé et les trois mousses, merci pour ces histoires.
    C’est vrai ou c’est pas vrai,  ces histoires …
    Mich p’tit- déj

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Répondre à Aliénor dAnchald Annuler la réponse.

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