Tout commence en Finisterre

Lol n°9  du 26 août 2019, écriture à deux mains

Bonjour à tous, 

Hervé :

Cabo Finisterre ! Le cap de la fin de la Terre ! Nous y voici depuis hier. Pour les nuls en géographie (il n’y a pas de mal, ça arrive), c’est le fameux cap à la pointe nord-ouest de l’Espagne, celui qu’on contourne avant de mettre enfin, pour les navigateurs arrivant du nord, cap au sud, soit en vue de rejoindre l’Afrique, la mer Méditerranée, le Brésil, l’Argentine et autres contrées du bout du monde, et pour les navigateurs arrivant du sud, cap au nord est, vers le Golf de Gascogne, la Manche, la mer du nord, la mer Baltique et j’en passe… En bref et pour résumer, on peut donc dire qu’il s’agit d’un cap mythique, comparable à notre Raz de Sein, notre cap de la Hague, ou notre Cap Gris Nez !

Et ce cap n’est pas seulement mythique chez les navigateurs, il l’est aussi chez les… pèlerins du célèbre Chemin de Saint Jacques de Compostelle. La tradition veut en effet que les pèlerins, arrivant à Saint Jacques, prolongent leur marche jusqu’au fameux cap (50 kilomètres en plus après les deux ou trois mille effectués, cela se fait tout seul !), afin d’y jeter leurs chaussures, leurs maux de pieds, et tous leurs tourments à la mer, du haut de sa haute falaise. Pensée émue ici pour tous les pèlerins que nous connaissons : les parents bien sûr, mais également, Manue Berthe, « wonder » Bérengère, les Drouas, et j’en passe !

Mais revenons à nos moutons et au monde de la navigation. Le Cap Finistère était, et reste toujours, une position redoutée des marins. Pourquoi ? tout simplement parce que les conditions météo qui y règnent, du fait de la géographie du lieu, sont tout à fait particulières à cet endroit précis. Vents forts et tempêtes y sont récurrentes, naufrages et drames de mer, tout autant.  Pas étonnant, sachant cela, que la cote immédiate au nord de ce cap, ait été baptisée du funeste nom de…. Costa del Muerto, « côte de la mort »… tout un programme.

Et effectivement, depuis que nous avons quitté la Corogne, avant-hier, on peut trivialement dire que « ça ventile » ! Afin de profiter des lieux, magiques, en tout point comparables à ceux de Bretagne nord, falaises abruptes, granit rose, crique de sables fins, iles rocailleuses et battues par les vents, nous avons d’abord fait un stop impromptu aux iles Sisargas, trois ilots inhabités, dont la petite plage de sable fin, abritée au pieds des falaises nous tendait les bras.

En deux temps trois mouvements, nous jetons la pioche (l’ancre), déroulons 25 mètres de chaîne, et voilà tout le monde à l’eau ! Jean alias « monsieur baignade » est le premier à s’y jeter ! Comme un jeune chiot, le voila qui nage en direction du rivage ! Pierre-Louis et moi lui emboitons le pas, pardon, la nage, pendant que ces dames, Caro et Juliette se sentent plus d’affinité pour le paddle… Bien leur en prend, car elles ramènent avec elle chaussures et couvre-chefs pour aller explorer l’île. Le paysage est tout simplement sublime, et comble du luxe, nous sommes absolument seuls.

Retour au bateau. S’ensuit une petite partie d’exploration sous-marine, dans le bras de mer séparant les deux mers. C’est une première pour Jean, qui nous offre un spectacle digne de Louis de Funès, dans Rabbi Jacob : plongeant la tête dans l’eau tel un canard et la relevant aussitôt, il exulte : « j’ai vu un poisson, j’ai vu un poisson », et la replonge aussitôt. Et ainsi de suite. J’en déduis que les poissons doivent être définitivement sourds, car ils ne semblent pas être perturbés outre mesure par les cris de mes deux apprentis plongeurs ! 

Le lendemain matin, après une nuit paisible au mouillage (je dors comme un loir, Caroline un peu moins, l’éolienne tourne à plein régime), nous mettons les voiles pour une demi-journée de nav’, qui se transforme en une journée, tant les conditions paraissent idéales pour avancer. Sur notre chemin, le fameux Cap Finistère.

Caro :

Largement encouragée par Hervé, je me décide à sortir le spinnaker que Jeanne Grégoire, figariste émérite nous a prêté avant de partir. A ma décharge, le doux vent portant doit se renforcer à l’approche du Cap. Essai concluant, même si comme prévu, le spi n’est pas aux dimensions idéales, cela fera l’affaire. Cela nous aura aussi permis de gréer la voile, et trouver toutes les ressources nécessaires dans les coffres ! Si nous avons embarqué pas mal de matériels « au jugé » nous n’avions pas forcément encore vérifié à quelle utilisation précise ils seraient affectés. Reste à tester la chaussette pour une prochaine fois. Car la voile est assez vite rentrée dans sa baille. Comme prévu, le vent s’est renforcé et LOLITA s’est mise à caracoler vers le Cap Finistère voiles en ciseaux à bientôt 25 nœuds. A 30, on enroule tout.

Mais en frôlant la côte, nous nous mettons un peu à l’abri du vent de Nord Est, et LOLITA passe au ras du Cap, juste sous le phare de ce bout du monde, offrant à notre équipage une belle et originale photo souvenir.

Passant la pointe à voilure réduite, nous nous faisons cueillir par 25 nœuds au près, ça valdingue et ça fait des glissades à l’intérieur où les enfants stoïques s’accrochent à leur livre. Mouillage près de la plage, ça souffle mais ne bouge pas trop. Adjugé. Nous descendons aussitôt à terre, en paddle, Hervé à la nage. La ville de Finisterre, « Al fin del Camino » a effectivement l’habitude d’accueillir les pélerins de Compostelle. On en croise de toutes sortes, à pied ou en vélo. Le visage hâlé et les mollets secs affutés par des kilomètres de marche. Bien sûr il y a aussi une partie plus commerciale, style excursions organisées, et des magasins de bibelots. Le phare de Fisterra n’est qu’à 4 km du village mais il est déjà tard, et nous renonçons à emmener la troupe dans cette marche tardive. Après tout, nous l’aurons vu d’assez près ce phare ! Quelques tapas plus tard, retour à la plage, où le vent souffle encore entre 20 et 25 nœuds et la nuit va tomber.

Le retour en paddle avec les 3 loulous à bord me donne quelques sueurs froides. Hervé avec bravoure, tente le retour à la nage, un vrai bain glacé ! Précisons que la Galice a des parentés avec le Bretagne y compris pour la température de l’eau. Voire pire… Bref, on anticipe bien la dérive, Juliette fait une première culbute à l’eau, finalement tout le monde se cale bien, je prends une belle impulsion sur le sable et paf, c’est à ce moment qu’une Vive (poisson des fonds sableux bien connus dans pêcheurs de crevettes) s’invite dans la partie. Je sens le dard dans mon orteil droit, ça commence à piquer. Concentrée sur le retour, c’est une fois dans le bateau, tout le monde en sécurité que la douleur se fait plus « vive ».  Ce que disent les manuels : approcher une source de chaleur de la piqûre…sans se brûler la peau. Variante avec un choc thermique en alternant avec de la glace. Au pire de l’urine. Prévoir 20 à 50 min de souffrances. Sympa. Bon, après avoir épuisé un briquet, varié avec des compresses d’eau chaude, une bière bien fraîche, et appliqué enfin une pommade anti-brûlure (eh oui j’ai raté), j’ai pu rejoindre Hervé dans la bannette !

Hervé

Si vous avez ressenti ou lisant cette nouvelle ou les précédentes, que nous sommes vraiment heureux en ces premiers jours de notre voyage, je vous confirme que votre impression est juste. Ces premières semaines sont un pur régal. En quelques jours, entre notre départ de Lorient et nos premiers bords, nous avons plongé dans l’ambiance du voyage, laissant nos soucis et nos préoccupations à terre. Lors des deux premières semaines, passées essentiellement dans les eaux du Golfe du Morbihan, nous nous sommes « installés » à bord de Lolita, comme d’autres le font dans une nouvelle maison, apprivoisant les lieux, trouvant les rangements adéquates, découvrant les trucs et les astuces de notre refuge flottant. Nous avons également mis ce temps à profit pour voir et revoir tranquillement familles et amis, croisés trop rapidement ces derniers temps. Les enfants, quant à eux, ont joui de ce temps de vacances, pour non seulement retrouver leurs parents (après presque trois semaines de séparation), mais également s’adapter au bateau, ce qu’ils ont fait avec une facilité déconcertante et sans nourrir le moindre regret de leur « vie » d’avant.

Désormais, nous voguons sur d’autres rivages, déjà bien installés dans notre périple. La traversée du Golfe de Gascogne, rapide (seulement deux jours et demi) mais intense, nous a fait basculer dans cette étonnante temporalité du voyage au long cours : oubli des jours, horaires décalés, préoccupations plus terre à terre, temps libre, lectures solitaires ou collectives (Pierre-Louis a commencé Harry Potter),  journal de bord, jeux avec les enfants, baignades, escales improvisées dans des mouillages enchanteurs… Pas de doute, tout commence en Finisterre 🙂

A bientôt !

18 réflexions sur “Tout commence en Finisterre

  1. Lydie

    Quel bonheur de vous lire !
    Le ton y est de telle sorte que j’ ai l’impression de faire partie du voyage 😉. Heureux qui comme Ulysse …. ai je envie de vous dire !! C’est génial et je partage votre joie et votre bonheur que vous transmettez à travers ces lignes. J’entends les cris des enfants et comprends leur enthousiasme !! J’attends la suite de votre aventure avec impatience !!

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    1. merci Lydie! trop sympa ton petit commentaire! Oui, tout se passe bien effectivement, un vrai régal. La seule chose qui nous manque à bord, c’est le portager! on va faire en sorte qu’ils aiment toujours jardiner à la fin du voyage! c’est un peu toi qui a contribué à leur donner ce goût figure toi! bises

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  2. Agnès & Nicolas

    Merci de tous ces récits ! Nous suivons chaque épisode avec plaisir et curiosité.
    Nous faisons partie de ceux qui apprivoisent progressivement une nouvelle maison 😉, et tout se passe bien !
    Profitez surtout, et continuez à nous faire rêver !

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  3. blain

    Cher Hervé, merci de nous faire partager votre aventure en famille! Bon vent à vous, et au plaisir de lire la suite de votre journal de bord! Profitez bien, et à bientôt, Emmanuel et Géraldine

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  4. Stéphane Messiers

    Caroline, de mon navire oléronais immobile (même si au port m’attend Myriade le Fantasia), de ce navire immobile dont l’étrave pointe sur l’atlantique, je vais suivre ton périple familial comme je suis le Vendée Globe ou la Route du Rhum. L’avantage c’est que ça va durer beaucoup plus longtemps… Bises, stéphane

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  5. Guillaume WALLAERT

    Superbes images de votre bateau des ilôts de Sisargas, qui m’ont rappelé quelques photos semblables lors de votre virée Antartique…mais c’est plus riant ici !
    Bonne avancée !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Anne-Sophie, ça va, je la sens encore, mais cela ne m’empêche pas de marcher ! Après vérification, la vive est un poisson assez fréquent par ici, nous en avons même vu dans une sorte d’aquarium naturel aux Iles Cies. J’aurais dû me renseigner avant 🙂

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  6. vieille

    Merci de me faire partager cette aventure .
    j’ai l’impression d »être avec vous .
    Dolores qui avait préparé la chambre pour les garçons n’avait pas vu le chaussures de Juliette.

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  7. EMMANUELLE BERTHE

    Tjs un vrai plaisir de partager ces nouvelles !
    Merci pour la dédicace !!! J’en garde un très bon souvenir de ce passage du cap
    J’espère que tout le monde tient bien la barre !!!
    Carolin j’espère que ta plaie se cicatrise bien !!!
    Je vous embrasse tous et à très bientôt
    Manue

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  8. Steinmyller

    Coucou les aventuriers! c’est génial, je me régale à suivre votre navigation et à lire les petits et grands évènements qui jalonnent votre vie de marins! Merci de nous faire partager tout ça , ça donne envie…Je vous souhaite bon vent, bonne mer et plein de belles découvertes! Bises, Caroline (encore une)

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