Enfin le grand large !

LOL n°7 du 20 août 2019 par Hervé

Chers amis !

Nous voici à La Corogne ! A défaut de vous avoir envoyé cette nouvelle depuis le bord (notre téléphone satellite qui devrait nous permettre cette « prouesse technique »,  n’est pas encore en fonction), c’est depuis la terre que je vais vous raconter ces trois jours de navigation, à travers le Golfe de Gascogne.

Mais avant cela, nous tenions à vous remercier des petits messages d’encouragement chaleureux reçus via les réseaux et ce blog ! Ils comptent beaucoup dans notre aventure.

Le golfe de Gascogne, c’est pour les marins, comme une bouteille de champagne qui a valdingué dans la voiture avant d’arriver chez des amis, afin de fêter un heureux événement. Tellement impatient de l’ouvrir, et oubliant la cabriole de la voiture, l’invité s’empare avec enthousiasme de la bouteille, la décapsule avec insouciance. A peine a-t-il le temps de dire ouf que le bouchon s’en éjecte d’un coup, le précieux breuvage jaillissant et aspergeant tous les invités !

Vous avez la scène sous la yeux ? eh bien, remplacez à présent l’heureux événement par la perspective de notre première traversée, la bouteille et son contenu par la mer elle-même, le bouchon par Lolita et les invités, par notre joyeux équipage ! Vous imaginez la suite ? je vous raconte :

Nous sommes dimanche matin. Après trois journées passées à l’abri de la côte nord-est de Belle-Ile, sous un temps bien maussade mais ensoleillées par la compagnie de bons amis, la fenêtre tant attendue (cf Lol précédente « Fenetre sur cour ») s’est enfin ouverte. Durant la nuit, bien éprouvante au passage pour l’équipage (levé à plusieurs reprises pour s’assurer de la tenue du mouillage, sous la pluie et le vent), le front froid* emporte avec lui le mauvais temps et ses vents de sud, et installe pour de bon cette fois, un soleil généreux et un flux d’ouest soutenu. Il est temps de mettre les voiles et de voir ce que Lolita a dans le ventre ! Aussitôt dit, aussitôt fait : nous levons l’ancre, hissons les voiles, et filons au portant pour rejoindre la pointe sud est de Belle Ile, la pointe de Kerdonis. Mais à peine virons-nous le cap et nous engageons-nous dans le Golfe de Gascogne que le vent se met à fraichir, la mer se creuser, et Lolita à bondir. Ah on voulait voir ce qu’elle avait dans le ventre ? On allait voir ! A l’intérieur, l’équipage est plus que secoué ! Comme entrée en matière, c’est du tonique ! Jeannot rend les armes le premier et tapisse l’intérieur de son premier vomito ! Juliette l’imite quelques minutes plus tard, suivi par la vaillante capitaine ! Ah, le plaisir de la plaisance ! la tête dans le seau, les mains dans le vomi, le regard bas, la langue pendante ! Entre Caroline et moi, peu de mot, mais les regards dubitatifs en disent plus longs que tous les discours. Ne serait-il pas plus raisonnable de faire demi-tour ?

Mais pas le temps de penser, il faut s’occuper du bateau, réduire la toile, faire le premiers repas (ris blanc pour tout le monde !!), préparer les enfants pour la nuit, ranger l’intérieur qui est devenu en quelques heures un champ de bataille. Au milieu de ce tumulte nauséeux, Voici que le miracle se produit : Comme pour venir nous escorter dans ce premier bord, plusieurs dauphins viennent jouer avec l’étrave de Lolita. A bord, les enfants exultent ! « Un dauphin, un dauphin, c’est moi qui l’ai vu en premier ! », crie Jean qui semble ressusciter par cette apparition furtive ! Celle-ci vient de nous faire passer du statut de parents indignes à celui d’exceptionnels magiciens, et d’éloigner définitivement toute idée de demi-tour prématuré !

Bientôt le calme s’installe à bord. Au fond de nous, malgré l’inquiétude et le doute, un sentiment de jouissance, de plénitude surgit. Nous retrouvons la mer que nous aimons tant, celle du large, puissante, belle, majestueuse. Sa couleur bleu pétrole, sombre et si claire, sa houle puissante, qui s’apparente à la respiration d’un géant, ses vagues déferlantes qui viennent s’éclater sur le pont du bateau…

La première nuit est toujours aussi musclée. Avec Caroline, nous enchainons les quarts, vaillants, et découvrons les secrets cachés de notre électronique de bord. La cartographie et les données du bateau (vent, vitesse, cap) sur tablette numérique, l’AIS qui permet de surveiller la route des bateaux alentours, etc. Tous les voyants sont au vert. Les enfants dorment, le vent et la mer se calment.

Au matin (nous sommes lundi), le vent est aux abonnés absents. Après la journée de la veille, quel contraste ! Nous mettons le moteur en route. Pïerre-Louis qui avait si bien résisté jusqu’à présent, est barbouillé. Jean et Juliette quant à eux, ont retrouvé la grande la forme ! On a l’impression de voir Tic et Tac, les deux écureuils du dessin animé, sautant sur le pont, se suspendant à la capote. A défaut de faire ses roues de gymnaste dans le carré (ca bouge encore fortement dans Lolita), Juliette se suspend comme une acrobate à tout ce qu’elle peut. Nous décidons de stopper le moteur pour une première baignade océanique, alors que nous venons de laisser dans notre sillage les hauts fonds du plateau continental (en moins de 10 milles nautiques, soit 16 km, on passe de 100 mètres de fond à 4000 mètres). Nous plongeons dans cette piscine sans fond. La joie est totale ! Comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, nous croisons le chemin de plusieurs rorquals communs. Cette joie est contrebalancée par deux soucis techniques : la pompe de cale ne fonctionne pas, de même que le pompe d’alimentation d’eau douce. Il faut sortir les outils ! Tout marin qui a un peu navigué vous le diront : le bateau, c’est du plaisir, mais 1 galère par jour ! j’en profite pour démarrer le déssalinisateur* (après lecture appliquée de la notice d’utilisation). Lui fonctionne bien. Si la pompe de cale fonctionne (un simple problème d’encrassement), celle d’eau douce elle reste un mystère : les robinets fonctionnent dans les deux cabinets de toilette, mais impossible de faire fonctionner celui de la cuisine. Embêtant ! A la fin de la journée, passablement irrité et voyant déjà le spectre de passer mes journées à bricoler à fond de câle, je lâche l’affaire, et me console grâce à l’excellent rôti de porc au pruneau cuisiné par Caro avant le départ (un régal).

Mardi ! J’ai remis les voiles à trois heures du matin, juste avant la fin de mon quart. Nous sommes poussés par une brise de nord-est qui s’est invitée dans la nuit en toute humilité. Légère et discrète à ses débuts, cette charmante invitée s’est rapidement transformée en un hôte envahissant et incommodant, qui atteindra 30 nœuds (45 km/heure) à notre arrivée à la Corogne.  Mais Lolita a l’air de goûter la présence de cet individu un peu lourdaud à nos yeux. Traçant son sillage en se balançant d’un bord sur l’autre, elle semble danser et sauter de vague en vague. De notre côté, nous décidons, Caroline et moi, de calmer les ardeurs de la belle, en réduisant la taille de sa voilure. Bientôt les côtes de la Galice sont en vue. Les enfants semblent trouver leurs marques. Seul Pierre-Louis, dont c’est l’anniversaire aujourd’hui, est encore patraque, mais vaillant, il fait bonne figure. La journée est magnifique, l’air plus chaud. Cerise sur le gâteau, Caro m’annonce que la pompe eau douce de la cuisine fonctionne de nouveau. Je prends cela pour un signe du destin ! Même si nous rencontrerons un problème de chariot de têtière juste avant d’affaler la Grand voile à la Corogne.

Arrivée à La Corogne, Pierre-Louis fête ses 9 ans et sa première Transgascogne

Notre bonne étoile, celle qui nous avait accompagnés dans nos précédentes aventures, se serait-elle décidée à nous accompagner ? Elle le sait, nous avons besoin d’elle à notre bord ! Viens, chère Bonne étoile, viens avec nous. Ta place est à bord.

A bientôt !

*Front froid : phénomène météo d’une dépression qui succède généralement au front chaud et à sa perturbation : le front froid ramène le vent d’ouest et du nord et souvent le ciel bleu et le soleil. Après la pluie, le beau temps

* Déssalinisateur : système qui permet de transformer l’eau de mer en eau douce, très pratique en bateau quand on a des réserves d’eau limitées et des enfants qui oublient d’éteindre les robinets…

* têtière : partie haute de la grand voile

* chariot : pièces d’accastillage permettant de hisser la voile sur le rail du mât. C’est petit et plein de billes pour faire coulisser et hisser la voile presque sans effort.

22 réflexions sur “Enfin le grand large !

    1. Gouze

      Merci Hervé pour tes récits! J’ai des images plein la tête en te lisant. J’admire votre enthousiasme et votre détermination. C’est top! 😉 Et vos 3 loulous sont pétillants de vie.😘
      Je vous souhaite moins de galères pour la suite et du plaisir à gogo. Continuez à nous faire rêver. Votre aventure est géniale, merci de la partager avec nous.
      Je vous embrasse tous les 5. Bon vent les moussaillons.
      Anne & cie

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    2. Gouze

      Merci Hervé pour tes récits! J’ai des images plein la tête en te lisant. J’admire votre enthousiasme et votre détermination. C’est top! 😉 Et vos 3 loulous sont pétillants de vie.😘
      Je vous souhaite moins de galères pour la suite et du plaisir à gogo. Continuez à nous faire rêver. Votre aventure est géniale, merci de la partager avec nous.
      Je vous embrasse tous les 5. Bon vent les moussaillons.
      Anne & cie

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    3. Faucon

      Elle commence fort Olaventure🤢🤭! Mais quel plaisir de te lire à nouveau Vevoun… on sent la plume des NEM d autrefois!!! Ça nous rajeunit 😂Bonne continuation…et bon anniversaire de mariage si je ne m abuse…

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  1. Bécret

    Ouh là !! J’ai presque eu le mal de mer en te lisant Hervé !!😉 Les mauvais moments sont effacés par tout le positif que vous allez tirer de cette épopée !! Persévérance et courage !!!

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    1. tymakaoteam

      Bravo pour cette transgascogne les amis! Merci pour ce beau récit (si réaliste😉) et sutout compleanos feliz Pierre-Louis🦈🦈. Bon vent à venir? On vous embrasse de Bali, en route pour retrouver notre fidèle destrier des mers.

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    2. michel jouannic

      Tzzii Tzzii Tzzii Tzzii
      Marius 《Le Golf de Gascogne! Eh par dit, c’est pas rien… Caro la fait… 》
      César 《 Moi je dis que c’est toute la famille qui l’a fait, avé la pitchoune…》
      Marius 《D’accord, mais la fenêtre météo,  c’est Caro qui l’a ouverte》
      César 《Oui, mais c’est quand même pas une promenade en pointu, le dim’ anche, au Frioul 》
      Marius 《Et toi, Pique Goufigue, tu ne dis rien toi ? 》
      Pique Goufigue 《Je dis que, je dis que… C’est la famille qui l’a fait. Même que c’est un grand pas pour Lolita, et un petit pas pour l’équipage, en ce début de voyage. Que la Bonne Mère les accompagne 》
      César 《Belote et rebelote…》
      Marius 《Eh bêta, Pique Goufigue, ça fait deux fois que j’appelle le carreau…》
      Tzzii Tzzii Tzzii Tzziii
      Mich P’tit-dej

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      1. La palme du commentaire est pour toi, mon cher Michel!! Génial de te lire. et je vois que tu connais tes classiques! Oui on l’a bien fait en famille cette transgascogne, mais c’est effectivement Caro qui a ouvert la fenêtre!!

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  2. Stephanie

    Vous êtes en plein dans le cycle de vie en donnant à manger aux poissons pour après les manger! C’est top!
    Cela fait plaisir de voir que même les grands navigateurs ont aussi le mal de mer!
    Continuer votre belle aventure et faites nous rêver !
    J’espère que les enfants sont prêts pour attaquer leur nouvelle année scolaire car c’est bientôt la rentrée. Bonne chance aux parents pour les faire travailler !
    La Famille Vanhalst (Flicoteaux)

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  3. Vollot Noëlle et Jean-Louis

    Les anniversaires se suivent comme les vagues de la houle océanique: onze ans de mariage aujourd’hui!
    Les noces de quoi? Tous nos vœux affectueux volent vers vous.
    Golfe de Gascogne franchi, la suite, telle qu’on vous la souhaite, c’est du billard.
    Merci, à bientôt,
    Noëlle et Jean-Louis.

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  4. EMMANUELLE BERTHE

    Salut les amis (es),

    Joyeux Anniversaire à toi Pierre – Louis et joyeux anniversaire à vous deux Caroline et Hervé avec certainement quelques jours de retard désolée !!!
    Quel plaisir de lire vos nouvelles et de découvrir ces belles photos !!!
    J’espère moins de galère pour la suite …. Et beaucoup de bonheur !!!!
    Bon vent et belle escale en Espagne !!!
    Je vous embrasse
    A bientôt
    Manue

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  5. Alain Simon

    Ah ça fait vraiment envie ! Sur mon petit Corsaire naviguant en Baie de Morlaix (sous le soleil !) il m’arrive de penser à Lolita et son équipage. Bonne navigation
    Alain (SIMON)

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  6. tymakaoteam

    Bravo pour cette transgascogne les amis!! Merci pour ce beau récit (si réaliste 😉) et surtout compleanos feliz Pierre-Louis🦈🦈!
    Bon vent pour la suite et plein de bises de l’équipage de Ty Makao en route pour regagner son bord

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